C'est qui la p'tite salope qui a eu mention "assez bien", 12.5 de moyenne?
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Vous êtes le ème pelé à glander ici, félicitations...
C'est qui la p'tite salope qui a eu mention "assez bien", 12.5 de moyenne?
Bah t'attends, connasse.
C'est ça, j'ai plus qu'à attendre. Et donc, me revoilà parmi vous, à me bouffer les ongles, à me maudire, à me mortifier. Trois jours d'exams, c'est pas bézef, j'en conviens mais j'étais littéralement sur les rotules.
Lundi: grosse grosse panique parce que jamais de ma vie j'ai foutu les pieds à la fac de Rouen devrais-je dire fac-de-Rouen-de-Mont-Saint-Aignan-à-trente-bornes-de-Rouen-tant-ça-parait-loin. C'est dingue la "capacité volumique" de ce campus, entouré de cités, si bien que par mégarde tu peux très bien te retrouver à attendre ton partiel dans une cage d'escaliers.
Mais je n'étais pas sotte à ce point-là et surtout j'ai eu la chance monstrueuse de tomber tout de suite, au pif biensûr, sur le bon bâtiment où des gens sirotaient frénétiquement un café dégueulasse en fumant leurs doigts.
"- C'est ici le DAEU? Je questionne une nana au bord de l'évanouissement
- Ouais ouais c'est là, enfin j'crois, putain c'est là??? Ouais... faut qu'j'me calme, euh ouais haha... c'est là, enfin je crois.
- Merci (je vois l'affiche annoncant l'épreuve de Français) en même temps, c'est écrit juste là, donc c'est sûr.
- Tu sais on est jamais sûr de rien dans la vie.
- Laisse-moi deviner, CNED?
- Comment tu sais??? Pourquoi ya un problème, les étudiants Cned peuvent pas le passer??? Mais dis-moi, putain! Dis-moi!
- Mais non, du calme! Je disais ça parce que ça se voit, c'est tout. Moi aussi je suis du Cned.
- Ok, ouf, tu veux bien rester avec moi?
- Hein?
- Bah ouais j'connais personne...
- Moi non plus je connais personne, c'est pas une raison pour être aussi désespérée. (salope que je suis)
- Euh... Ok pas d'problème. Elle fait mine de partir, courbée par le fardeau de son angoisse.
- Mais non, désolée. Je deviens revêche quand je suis stressée, tu veux un café?
On papote autour d'un café infâme, toutes deux terrifiées à l'idée de passer une quelconque épreuve, priant à chaque minute qui défile et regrettant le jour où l'inconscience nous a fait nous inscrire.
On entre finalement dans l'amphi en grand brouhaha. A qui de faire grincer sa chaise, à qui d'exploser sa canette de coca sur le sol. On nous tend les sujets et dans la précipitation, je prend à peine le temps de les regarder: Un résumé+discussion sur la ville vue par Finkelkraut: c'est nul, dégage. Un commentaire littéraire sur Le chêne et le Roseau par Anouilh, arrière démon, dégage (j'avais depuis longtemps oublié comment commenter une putain de fable). Une dissert' "Pensez-vous que le rôle de l'écrivain soit plus de divertir ou d'avertir? Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur vos lectures personnelles et sur les textes du corpus" Et devinez ce qu'elle a prit cette grande nigaude? Bah la dissert', évidemment.
Quatres heures passent durant lesquelles je ne lève le nez de ma copie que pour aller fumer une clope. J'applique la méthode à lettre, mon plan me parait sur le moment tenir la route.
Je sors, finalement. Même si ma dissertation me parait ridiculement courte, la méthode y est. "l'angoissée" me rejoint sans tarder, plus paniquée encore.
" - Oh putain j'ai foiré!
- T'as pris quoi?
- La dissert', et toi?
- Pareil.
- Je crois que je suis hors-sujet, j'ai commenté les documents du corpus, putain quelle conne!" Elle a un regard de bête traquée, la pauvre...
- ...
- Tu crois que j'ai foiré de faire ça, hein?
- Bah, comme l'annonçait le sujet... C'était une dissertation, pas une étude de document..."
On a pas le temps de se lamenter, il est déjà l'heure de l'anglais. Je suis passablement furax attendu que si j'avais pris plus de temps pour lire les différents sujets, j'aurais pû constater que j'avais déjà fait le sujet sur la ville (c'est même le seul devoir que j'ai rendu dans cette matière) auquel j'avais eu 16/20, le même, exactement. Pute de moi.
Pour l'anglais, on nous tend un cahier gigantesque bourré d'exercices (dix pages).
Là encore je ne vais pas jusqu'au bout et constate à trente minutes de la fin de l'épreuve, qu'en plus des exercices, je devais répondre à deux questions d'expression, cent mots chacune. Le sujet traitait de la difficulté des handicapés dans une société inadaptée à leur handicap, en gros. Je répond nerveusement à la première question dont je ne me souviens même plus, genre sommes-nous tous égaux face au handicap ou une connerie comme ça.
Quant à la deuxième, j'en peux tellement plus que je pète un plomb. L'exercice était: "Ecrivez à votre député pour lui suggérer les changements que vous apporteriez pour améliorer l'accessibilité des handicapés dans la vie de tous les jours. Voilà, en gros ce que j'ai pondu:
" Mister Deputy,
Be sure I'm filled with regrets to interrupt your secretary blowing you under the desk but here's something I'd like to say. Why don't you pull your fingers out of your ass to check how you stink?
Blablabla (injures)
Ok, sorry, I've got to go...
Sincerely yours and another brick in the wall."
Chuis pas sûre que ça passe. Surtout que c'était totalement gratuit et que ça n'avait pas vraiment de sens.
Bref, le lendemain c'est ma bête noire: l'Histoire. Avec la marmotte insomniaque et prompte à nous filer une crise cardiaque que nous nous trimballons mon mec et moi, j'ai pas vraiment eu le temps de potasser. Je me rend donc à l'épreuve avec ma bite et mon couteau et advienne que pourra. J'ai choisi par dépit la République gaulliste en étude de documents. Tu as quatre documents, statistiques, affiches de mai 68, une conférence de presse de Giscard et l'extrait d'un pamphlet de Mitterrand. Première partie, on te demande de commenter les documents, tranquille. Mais ensuite on te demande une synthèse s'appuyant sur des connaissances chez moi inexistantes. J'ai fait comme j'ai pu et en guise de conclusion:
" Nous savons, vous comme moi, à la lumière de cet ersatz de synthèse, que je n'ai aucune idée de quoi je parle. Je ne m'en cache pas. J'aurais sans doute été plus locace si mon fils de deux mois avait eu la bonne idée de faire ces nuits. Cependant, je sûre que vous saluerez la beauté du geste, l'effort de tentative." Je ne peux m'empêcher de partir d'un grand rire bien sonore qui laisse l'examinateur perplexe.
Et puis merde...
Hier, j'étais au bord de la crise de nerf. C'était l'épreuve de littérature, j'étais au taquet grave.
Tous m'avaient dit (les étudiants ainsi que la secrétaire du DAEU) que nous aurions les deux oeuvres du programme au choix: Dom Juan et Le livre de ma mère. Chose qui m'a fort plu, du collège au lycée, j'avais soupé de Molière. Je me suis donc complètement rabattue sur Albert Cohen. Adieu Si c'est un homme, les dieux de la procrastination étaient avec moi depuis dimanche, jour où j'ai découvert que je n'avais pas le bon programme.
Comment trouver le Livre de ma mère un dimanche en province? Si comme moi, tu as le cul bordé de nouilles, tu appelles ta prof de français de première. Celle-là même avec qui tu as gardé contact, celle-là même qui fondait tous ses espoirs en toi et qui t'avait proposée au concours général, celle-là même qui ne t'en a pas voulu quand tu lui as dit en substance "Non, j'ai pas que ça à foutre". Par miracle, tu réussi à l'avoir, par miracle, elle possède bien un exemplaire, par miracle, elle te le donne et t'envoie même par même mail quelques pistes de lecture.
Je crie ton nom Catherine Gotteland. Bénie sois-tu entre toutes les saintes.
J'étais donc bien bien prête, mais bien bien stressée. A tel point que j'en oublié de prendre avec moi l'exemplaire de Dom Juan. Quand je te dis, lecteur, que les dieux de la procrastinations étaient avec moi... tu vas voir.
J'arrive une demi heure avant l'épreuve et discute avec les autres aspirants à la gloire.
J'apprend que nous étions 119 inscrits, 20% ne se sont pas présentés aux épreuves et que, sur ce panel, seuls 50% auront le diplôme. Je ravale avec précaution un haut-le-coeur.
Tout le monde semble avoir choisi Dom Juan, l'angoissée itou et je me sens du coup bien seule. Nous entrons dans la salle d'examen, les sujets arrivent et je ne comprend pas pourquoi tout le monde tire une telle tronche défaite, je suis la dernière à recevoir le sujet et je lis: "Sujet: Le livre de ma mère, dissertation ou commentaire composé".
Pas de Molière partant, plus de joie. Là, je ne déconne pas, je remercie le ciel, de tout mon coeur pour m'avoir faite si foutrement veinarde. Je reste les quatres heures de l'épreuve, je pond un truc plus long que le Nil et sors finalement avec la tête de celle qui a vachement pris son pied. Un bon nombre d'étudiants attendent à la sortie et me regardent avec un oeil mauvais, particulièrement une qui passe l'exam pour la troisième fois et qui part en me disant merde avec un air de je ne te souhaite pas bonne chance. Je suis contente de cette épreuve, Dieu, j'ai tout donné.
Et maintenant? Bah j'attends... Connasse que je suis.
Merci à mère d'avoir gardé mon insomniaque marmotte pendant que je jouais à l'étudiante
"Amour de ma mère, à nul autre pareil"
Ya des fois, avec ma pote... qui a une Val (l'Appartement), une Poupon et une pute de chatte (Edit: j'ai oublié un frère: Le Levraoueger) (L'emmerdeuse, bande de niais! Allez voir dans Létrucdézotgens parce que je sais toujours pas faire un lien toute seule) j'disais donc, ya des fois avec l'Emmerdeuse, faudrait qu'on se consulte avant d'écrire un article parce que disons que... si je ne faisais pas gaffe, six fois sur dix, on écrirait sur les mêmes trucs en même temps. Mais pas vraiment de la même façon, cela va sans dire. Bon. Ceci étant dit, et vous étant revenus de son site...C'est bien, hein?, j'vous dit un truc. Je passe mes exam's la semaine prochaine et je viens juste de me mettre aux révisions "J'écrirai ton nom... procrastination". C'est un truc qui s'appelle diplôme d'accès aux études universitaires. En gros, c'est comme une rampe pour fauteuil dans les hôpitaux, sauf que là, c'est pour les handicapés du système scolaire dont votre obligée représente un spécimen je dois dire fort beau. Si t'as pas compris, c'est l'équivalent du bac pour ceux qui ont dit baille-baille au lyçée. Donc, rien de plus normal, j'ai eu sept mois pour me préparer mais je ne m'y mets que maintenant. J'ai quatre épreuves: français et anglais le lundi, littérature le mardi et histoire le mercredi. Pour ce qui est du français et si vous avez bien en tête mon caractère tout naïf, procrastinateur et "je-me-repose-sur-mes-lauriers-depuis-le-cépé", vous comprendrez aisément que, ayant miraculeusement eu 15/20 au bac français 1999/2000 (chuis jamais allée plus loin), je zappe complètement cette matière du programme de mes révisions. Tranquille Mimile et advienne que pourra, celui qui me jette au nez toutes mes fautes d'orthographe n'est qu'une engeance de la pire espèce...Quant à l'anglais, je suppose - avec une confance qui ressemble étrangement à de la connerie - qu'avec toutes les bêtises que je regarde en V.O, je devrais m'en sortir sans trop de dommages. Reste l'histoire, reste la littérature. Tout ce que je connais de l'Histoire... c'est la chute du Mur de Berlin, la naissance du Christianisme, le Jeudi Noir, Marignan 1515, la Révolution Française et l'Industrialisation. Autant vous dire que c'est pas bézef quand tu dois connaître le Monde de 1945 à nos jours, surtout quand tu rentres comme données au problème le fait que je n'ai pas encore ouvert mes cours sur le sujet. Je fonde donc tous mes espoirs sur l'épreuve littéraire. Ahem. Demandes-moi de te faire un cours sur Stewart O' Nan, une thèse sur Vian, une biographie de John Fante , de t'expliquer les répercussions économiques des bouquins de Ravalec sur le marché du livre ou l'explication par le menu de l'oeuvre de Queneau, chuis au taquet. Mais demandes-moi de te parler de Si c'est un homme, qui fait partie de mon programme, et je serais coite, j'te regardais comme une putain de carpe que t'aurais sortie de son bassin de Mes-Fesses-en-Chine. Donc j'ai lu Si c'est un Homme. J'l'ai même lu avec les yeux d'une Goï, histoire de rajouter un peu de fraîcheur à un sujet qui, n'en déplaise aux furieux, me fais un peu l'effet d'une chanson de Lorie... déjà que ça fait mal aux oreilles la première fois, mais à force de l'entendre sans arrêt, t'en peux carrément plus. Si par malheur t'es un tant soit peu concerné, pour la métaphore on va dire que t'es un(e) cousin(e) de Lorie, tu peux finir par penser tuez-moi-mais-par-pitié-changez-de-sujet. Bon. Pas la peine de ménager le suspens, ça te met toujours une bonne tarte dans les babines. Et pis je dois te dire, cher lecteur qui ne me connait pas encore bibliquement et Dieu sait si vous n'êtes pas légion (tousse, tousse) que je suis le fruit d'un étonnant mélange. Un quart: grec de Salonique (Ouuuuh c'est des juifs), un autre quart: polonais (ouh c'est encore des juifs), encore un quart: danois (mon côté Viking-t'as-une-descente-qu'on-remmontrait-pas-en-vélo) et mon p'tit quart: français (qui justifie l'expression de Gabi "faire son français") Si en plus tu prends en considération les origines allemandes et vaguement brésiliennes de ma moitié, t'auras une bonne idée du bordel culturel de mon fils. J'ai donc essayé de le lire avec toute l'innocence d'une pucelle sur un lit de bidasse et je m'attendais déjà à ce que mes yeux parcourrent une liste plus qu'exhaustive des horreurs dont j'ai pu déjà cauchemarder avec des mots comme four, abat-jour, savon, bouton, dent en or, charnier, tatouages et j'en passe. Et bah là, non. Là je me suis dit qu'il n'y avait nulle trace de complaisance dans l'évocation d'une époque empreinte d'atrocités. Toi qui ne connais pas encore Si c'est un Homme mais qui est allé au collège, au lyçée, à la fac ... lis-le. A ma connaissance, qui connait cependant de nombreuses lacunes, il y a deux oeuvres désormais qui, selon moi, apportent un regard juste (oui, juste et hautement tolérant) sur la Shoah: Les Bienveillantes et Si c'est un Homme. Dans ces oeuvres respectives, aucune trace de complaisance, ni de "faute" puisqu'on en a soupé, et seulement la dissection précise de l'humain et de ses méandres. Il faut un courage qui manque à beaucoup pour se faire la vraie parole sans sanglots d'une époque qui ne fut pas la nôtre. Deux voix, un témoignage pour une fiction, qui valent mille mots des autres, qu'ils soient sionistes ou révisionnistes, qu'ils soient pacifitistes ou vengeurs et peu importe ce qu'ils sont. C'est en qualité d'homme que nous nous devons de comprendre ce en quoi nous sommes tellement faillibles. Et que la mémoire suffit trop bien à exclure un pardon qui ne nous appartient plus.
Je me suis rendue au Mémorial du Marais, pour y lire mon nom parmis d'innombrables autres. Ca fait très mal de savoir, grâce aux fantastiques données du Mémorial, le métier et l'âge de ton aïeul, le nom de la rue et le numéro du train qui ont vu déporter les tiens, à Dachau ou Buchenwald et aussi ces blessures dans les yeux des doyens de ta famille. Mais quand j'ai lu ces deux textes, quelque chose m'a libérée de cette souffrance latente qui n'était pas la mienne.
C'est la valeur simple de la voix, qui ne fait que raconter.
Qui est-ce qui raconte sans arrêt que la télévision est un ramassis de miasmes tous droit sortis du
cul de l'enfer? Ok, la plupart du temps je le pense... ya qu'à voir les télé-réalité-on-te-mornifle-les-ganaches-en-vrai-et-en-16/9, au fait z'avez entendu parler de cette nouvelle idée toute
ricaine? Le show dans lequel des gens se font passer pour des jeunes filles de treize, quatorze ans qui surfent sur le web pour dénicher de pseudo-pédophiles... En gros... tu suis Cindy de
Milwaukee, décidement, elle est partout celle-là, qui se fait passer pour une gamine de 12 ans qui se balade hétéroclite sur www.onsenfout.com. Sa mission, nous dénicher un mâle entre 25 et 55 ans
voire plus, l'appater grave et lui proposer de passer chez lui histoire de se rincer les badigouinses à grands coups de slushy cerise en écoutant le dernier Justin Timberlake. Si le mec dit ok,
c'est bon pour Cindy. Si le mec dit ok, à peine a-t'il ouvert sa porte d'entrée qu'il se trouve plaqué au sol par une tripotée de flicaillons plus bourrés qu'un Nîmois un jour de ferria et entouré
de caméras en veutuenvoila. On l'embarque en direct, inculpé pour tentative de on-est-pas-trop-sûr-de-quoi-sur-mineur-virtuel-de-moins-de-quinze-ans. Ca rassure les parents et en plus ça
rapporte...Rassurez-moi, je ne suis pas la seule à voir toute la putasserie de cette idée? Bref, la plupart du temps, regarder la télévision, c'est un peu comme quand tu veux sauter en parachute,
l'idée est louable mais on ne peut pas prédire les résultats. Tout dépend du psychisme de l'intéressé. Alors ya bien des expériences gentillettes, comme quand tu te colles devant le téléfilm du
vendredi soir sur france 2 because ya Jean-Pierre Daroussin et que tu l'aimes bien et surtout parce qu'il y a un pote à toi qui joue le rôle du "bicot" inculpé à tort pour meurtre dans la France
hypra-raciste des années soixante. Bon, ça casse pas trois pattes à un canard mais tu te marres bien à mater ton pote prendre l'accent d'un épicier marseillais. T'es même un peu fièrote, parce que
Lahcen, tu l'aimes bien. C'est le genre de type qui t'étonne et tu te souviens du soir où, coincée derrière ton bar, tu textotais tout en faisant semblant bosser et que Lahcen se pointe, te regarde
deux secondes avant de lâcher: "Félicitations ma grande! C'est pour quand?" alors que ça fait deux jours que tu sais que t'es knocked up et qu'à part ton mec personne ne sait. Bon. Ya aussi les
trucs super chouettes genre la freebox. Et là, je rend largement hommage à Freebox, seule divinité devant laquelle je peux encore me prosterner, exceptés Queneau et Vian mais c'est une autre
histoire. La seule divinité qui te permet de télécharger des trucs de façon peu légale et de les mater tranquille sur ton écran 17 pouces. Je rend gloire au Dieu Freebox. Et puis parfois, quand
t'es tellement crevée que tout ce que tu veux c'est la béatitude hypnotique que seule peut procurer une chaîne comme TéVa ( je suis la seule à penser que ça veut dire Télé-Vagin?), tu te colles
devant Les dossiers de Téva tout en ignorant le babyphone qui gueule sa race, parce que si tu y prêtes attention une minute de plus, tu feras soon partie des mères qui ont secoué leur bébé. On dit
que tu te colles devant Téva et Marianne Fournier pendant que ton mec fait semblant de prendre son rôle de parent au sérieux et se contente de mimer ce qui devrait être le bain du bébé. Biensûr, il
est infoutu de savoir où sont les choses:
" - J'vais d'mander à mon chef...
- Faites donc, mon bon, faites donc"
Jusqu'ici vous remarquerez que je suis sympa. Le type se barre l'équivalent d'un épisode de Desperate Housewives, me laissant bien évidement le temps d'avoir envie de l'égorger avec un couteau à beurre. Les gens s'entassent derrière moi, certains toussent grassement et je commence à avoir la trouille qu'un connard refile une merde de microbe à mon fils. Le minet finit par réapparaître:
" - Désolé pour l'attente.
- Oh c'est pas grave, j'ai que ça à foutre
- Ouais... Euh... J'peux pas vous donner d'argent parce que je sais pas si le chèque est pas en bois. (J'me dis merde, qui m'a balancé...?)
- Pardon?
- Ouais euh en fait j'ai appelé la banque de ce chèque mais zont pas pu me répond' rapport à si yavait d'l'argent ou pas sur le compte.
- Ok et vous pensez savoir quand?
- Oh bah j'dirais demain sans faut'.
J'ai gardé mon calme, j'ai dit merci et aurevoir, c'était hier. Mais pas ce matin, ce matin c'était du grand Vieux Félin en rogne, veine qui palpite sur le front, teint façon tomate farcie et postillons de rage. Ca avait pourtant commencé normalement: pas trop de queue et bonjour madame, bonjour madame.
"- Je suis venue hier pour retirer de l'argent sur un chèque que je venais d'encaisser, c'est votre collègue qui s'en est occupé. Il attendait une réponse de la banque concernant l'approvionnement du compte.
La caissière me regarde comme si j'étais un veau en cage.
- Bah oui mais j'peux rien faire moi, si c'est mon collègue qui s'en est occupé... (Le minet qui s'occupait d'une espèce de Mafalda blonde au gichet d'à côté s'étant entre temps cassé je ne sais où) va falloir que vous attendiez qu'il revienne. Vous voulez bien vous poussez que je prenne la personne suivante?
- Non.
- Comment ça non?
- Vous êtes stagiaire? (elle a cinquante ans bien sonnés)
- Nan pourquoi?
- Je ne vois pas ce qui vous empêche de vous occuper de moi, j'ai attendu mon tour, c'est le mien maintenant... donc vous pouvez vous occuper de moi, à moins que vous n'en ayez pas la capacité. (Moi-même, je me déteste quand je suis comme ça)
- C'est-à-dire que je ne suis pas au courant...
- C'est-à-dire que rien du tout, je ne bougerai pas, je n'ai pas à payer les frais de votre incompétence crasse.
Elle ne sait plus quoi faire et prend une pose gênée, les secondes passent sans que le minet ne revienne. Derrière moi, une mère de famille et ses trois enfants en bas âge reniflant me donnent pas penser que je suis une mère horrible qui expose son fils à toutes sortes de microbes. La caissière revient à la charge:
- Madame, je dois prendre la personne derrière vous...
- NON, foutez-moi la paix.
Le minet revient et la caissière souffle de soulagement, elle explique le truc au minet: veut pas se pousser blabla, tu l'as vue hier blabla, tu t'en occupes blabla. Les deux employés se plongent un moment dans la contemplation de l'ordinateur, me demandent mon numéro de compte et se regardent perplexes.
"- Quoi? dis-je
- On a pas eu de réponse de la banque...
- C'est une blague?
- Nan, j'vais devoir les rappeler, dit le minet et ce petit con se recasse. La caissière me fusille du regard et je décide, bon gré mal gré, de me pousser pour laisser place à l'incubateur sus-cité. Les trois mômes commencent à tourner autour du mien avec des yeux de petites fouines perverses. Le plus jeune éternue.
"- Tu recommences ça près de mon fils et je te dézingue, tu sais ce que ça veut dire?
- Nan.
- T'as peur de la mort?
- Ouais c'est quoi?
- C'est quand Maman dit que Papy est parti en voyage, maintenant dégage avant que je t'en colle une.
Je prends ma mine de circonstance visant à avertir que quiconque aurait l'idée saugrenue de me faire chier passerait un sale quart d'heure. Une personne n'a pas dû s'en rendre compte, une vieille peau qui me mate avec une mine circonspecte
"- Z'avez rendez-vous?
- Non, j'attend un employé avec les capacités psychomotrices suffisantes pour faire son boulot, ça fait trois plombes que j'attends votre-collègue-le-Petit-Prince pour sortir de l'argent!!! La première employée intervient:
- Vous vous sentez bien?
- Non pas exactement, vous voyez l'espèce de paquet de linge que je tiens contre moi? C'est un bébé, un tout petit bébé de même pas trois kilos, un bébé qui est fragile, que je ne peux pas sortir longtemps, un bébé qui est plus fragile que les autres face aux microbes. Et je ne sais pas si vous avez vu la marmaille infâme que compte cette file d'attente mais si mon fils chope un truc ça va chier dans l'ventilo, ok????
- Asseyez-vous, vous n'avez pas l'air dans votre assiette...
- Nan mais je rêve! Le monde financier ne vous mérite pas, l'OMS vous attend, vite..! avec un peu de chance vous pourrez tailler une pipe à Kouchner! (Je ne comprends pas qu'on ne m'aie pas déjà sortie par la peau du cul)
La vieille peau enchaîne:
"- Faut le laisser faire ses anticorps, ce petit...
- Et ma main dans ta gueule, connasse, tu la laisses faire?"
Le minet finit par réapparaître: "On a toujours pas de réponse...
- Je veux voir le directeur.
- Mais madame...
- .... !!!
- Je vais l'appeler.
On me fait entrer dans son bureau.
" - Bonjour madame
- Ouais
- On m'a expliqué votre cas, nous ne pouvons pas vous donner d'argent sans savoir si le chèque que vous nous avez confié est approvisionné.
- Mais qu'il est drôle! C'est bien l'humour, ça pardonne beaucoup de choses mais pas la mauvaise haleine. Ni les cravates dont le mauvais goût ne sait que trop bien rendre justice aux petits chefs dans votre genre infoutus d'être humain avec qui ne possède pas le montant nécessaire à vous faire oublier à quel point vous êtes gerbant. (Soyons d'accord, j'ai conscience que ça ne veut pas dire grand chose, mais quand je m'énerve c'est le Verbe dénué de sens)
- Mais euh mais euh m'enfin! Voyons! Euh...
- Je vois qu'on peut sans aucun doute ajouter l'éloquence au palmarès de vos lacunes.
- Mais euh...
- Perséverez, ça va venir...
- Jean- Denis, donnez-lui le montant équivalent au chèque de madame et fermez son compte. Je n'en veux pas parmis mes clients.
- C'est pas trop tôt, merci!
- Sortez de mon bureau, madame et ne revenez plus dans cette agence ou j'appelle les flics!"
Quand je te dis que tout se paie, ça n'a jamais rien à voir avec ce à quoi tu t'attendais. Vous avez vu quel genre d'ignoble créature je peux être et quand je dis que tout se paie, voilà où je veux en venir. Enceinte, au début, j'étais sûre d'avoir une fille, sûre dans le genre de faire à l'aise des paris stupides et compromettants. J'ai donc parié avec Christophe...
"- J'te parie tout ce que tu veux que c'est une fille.
- Chouips, tu sais très bien que quand tu paries c'est que tu as automatiquement tort, t'as pas une once d'intuition
- Tu claques des fesses, hein, c'est ça, hein, c'est ça???
- Tu l'auras voulu, je parie que ce sera un garçon, qu'il naîtra fin mars et qu'il sera roux (Je dois te dire que j'aurais dû avoir ma césarienne le 31 mars mais qu'ils l'ont pas fait vu que j'avais bu du coca Light alors que j'aurais dû être à jeun. Ah! Les addictions!)
- Roux? Ca me ferait bien mal! Ah ah! Quand tu veux! Tu veux parier combien?
- On va dire 300€...
- P'tit joueur, je relance de 50€
- T'es sûre?
- Traumatisée comme je l'étais étant gamine, grosse et moche et sans aucun ami, je peux pas faire un roux. C'est mathématique. Le sort ne s'acharne jamais à ce point-là sur une famille.
- Comme tu veux...
- Tape m'en cinq, ptit sguègue
- Ouais... c'est ça..."
Quand Lazare est né et que je suis sortie de salle de réveil et que j'ai pû enfin découvrir mon fils, j'étais ravie de ses cheveux blonds. Et puis ya eu cet instant, le biberon, le rayon de soleil sur sa petite tête bien faite, le côté gauche de sa tête justement, dans le soleil, poil de carotte.
Quand je te dis que tout se paie, 350€.
Zendizkoualégens?