Aujourd'hui, je pousse mon ventre pachydermique pour faire de la place à un p'tit nouveau, Gratpoil, qui à défaut d'ouvrir un blog (c'est une espèce de voeu que je formule) va publier sa Poésie d'Entreprise ici. Vieux Félin aime les trucs de Gratpoil alors Vieux Félin vous recommande Gratpoil. Afin d'éviter toute confusion entre l'indivudu sus-cité et moi-même, ses textes seront blancs et en italliques. Voilà... j'crois qu'c'est tout pour l'instant... Bonne lecture,
Grrrrrment vôtre,
Vieux Félin
L'entreprise idéale
Dans l'ascenseur, neuf heures trente cinq, en retard. Je croise Jean-Paul Léger accompagné de Pierre Bernard , cravatés, sérieux, sévères (CSS) . « Bern » me reluque de haut en bas. Il a du mal à me dire bonjour, moi qui suis en jean. Violence de son regard pénétré de mépris. Léger tente l'apaisement mais le sourire est faux. Neuf heures trente six, je pense devant le bureau de Bogdanoff, la truie au menton en galoche qui me sert de chef et qui accessoirement complote pour renverser Léger. Mine défaite mais sérieuse, investie, concentrée vers le même but, définitif et ultime : avoir l'air. La moquette est froide, les murs sont morts, algecos de marbre. Et puis la couronne : l'entrée dans le bureau, mon bureau. L'espagnole est là avec son air soumis et sa voix beuglante, et déjà elle me juge. Pauvre conne me dis-je dans mes pensées encore embrumées en lui serrant la main. J'allume l'écran et déjà j'ai envie de pleurer tout mon malheur d'être ici. Olivier rigole. C'est mon autre « co-bureau ». Il m'aime bien et moi aussi ; il est cool, partouseur, petite déviance bienvenue dans ce monde de zombies. Vive l'amour libre me dis-je encore. Et puis plus rien, la journée se termine à neuf heures quarante, après je meuble : les trois cafés, les trois clopes, Internet, les mails, ça sent la mort lancinante. Pas de réunion aujourd'hui, juste un peu de stress. Mon unique collègue (service à deux têtes) me met une pression sourde et jalouse ma position. Il refoule du cib et il est intelligent ; un des rares abrutis qui arrive à me faire douter de moi. Neuf heures cinquante la truie commence à me harceler : il faut rédiger un vague compte-rendu de l'état de la réglementation en matière de responsabilité civile environnement, orienté droit européen. Encore un caprice de ce fainéant de « Bern » qu'il ne me réclamera jamais et qui ne servira à rien. Elle en profite pour me demander ce que j'ai fait ce week-end alors qu'elle s'en fiche complètement. L'oiseau perversion narcissique déploie ses ailes de géant et ça l'empêche d'aimer. Elle est livide sous son fard à vieille qui cache mal ses boutons d'angoisse. Elle tente encore un dialogue littéraire en plaçant ses références Nothomb et prix Goncourt. Je m'en balance et reste vague comme d'habitude, cependant je ne réussis pas à éviter le déjeuner quotidien avec elle et Hervé, la tantouse de la com qu'elle a asexuée pendant quinze ans de petites manigances. Neuf heures cinquante cinq, premier café, première clope avec le gros Durand de la maintenance qui se laisse complètement aller. On divague sur nos blagues récurrentes de célibataires éternels : « comment va ta femme ? Et le petit dernier il pousse ? Tu l?as emmené au judo ? » et on pouffe comme des connards d'ado boutonneux. Petit incident néanmoins, Laurent Jacob le poète de la com, vient nous faire une remontrance sur la fumée qui envahit sa pièce et nous prie avec élégance de ne pas fumer sous sa fenêtre. Dire que j'ai eu la pitié d'acheter les torchons qu'il a commis. Exemple : « J'ai pensé à toi mais tu n'étais plus là, j'ai pensé à lui mais tu étais partie » etc. etc. Dix heures et on remonte, je suis pris d'une tristesse infinie quand je quitte mon Durand dans l'ascenseur pour rejoindre mon calvaire, chemin de croix de mes jours gris et je repasse encore devant Bogdanoff de plus en plus livide. Elle crèvera jamais avant d'avoir tué Léger me dis-je cependant. Je passe ensuite par le bureau de l'asexué pour le saluer. Je l'aime bien avec ses costumes toujours tirés à quatre épingles et sa politesse exquise. Dans mon antre merdique déjà trop ensoleillée pour ma photophobie, la pute ibère commence son cirque baroque avec sa mère au téléphone, baragouinant tout ce qu'elle se souvient d'espagnol mal torché. Je hais cette langue affreuse. Je hais les espagnoles. Je hais Maria Hernardez. Ce matin, c'est drôle, elle a ressorti de son armoire poussiéreuse sa robe noire à fleurs rouges et jaunes tout droit sortie d'un vieux catalogue la Redoute des années 80, pages mannequins de troisième zone avec l'odeur du placard qui va avec. En parlant de placard mon unique collègue sort du sien pour me saluer entre ses dents infectées. Dix heures dix, un mail de relance de Léger sur le transport de marchandises : « Voyez bien avec CJ les contraintes informatiques du projet PDM ». J'ai envie de chialer, et pour me consoler je pars en quête d'un second café. Porte de Bogdanoff fermée, c'est toujours ça de pris. A la machine je croise Colette Millon, petite chose insignifiante et désespérante de vide au sourire faux persécutée depuis cinq ans par un collègue aux tendances sadiques. « Hello » enjoué de sa part. Et moi comme un con de lui rétorquer un « Ca va ? » souriant, dont je n'ai pas anticipé la réponse par faiblesse, fatigue ou pitié peut-être : « Ben comme un lundi? hi ! hi ! hi ! ». Comment initier une conversation intéressante après ça ? Impossible, donc j'écourte. Nouveau passage devant Bogdanoff, porte ouverte cette fois-ci. Merde elle m'a vu? « Nicolaaaaaaaas », « Oui Bogdanoff ? », « T'es allé fumer ta clope ? », « Oui, j'en reviens », « Allez accompagne-moi pour une clope », J'acquiesce.. ; Ai-je le choix ? Evidemment, comme toute bonne perverse narcissique elle prend la précaution paranoïde d'emmener un prétendu dossier sous le bras, des fois que. Calvaire dans l'ascenseur. Pour l'exorciser j'essaie de me figurer à quoi elle me fait penser : dans le désordre : une dame blanche, une marquise empourprée, une truie, etc. etc. On arrive dans la petite cour où, par chance, il y a déjà des fumeurs du service bancaire : la bonnasse au cerveau d'huître accompagnée de son arabe sympa dont je soupçonne un potentiel corrosif intéressant. D'ailleurs (et je me marre) il rit ironiquement aux tentatives de séduction de Bogdanoff qui ancrée à son complexe de supériorité ne remarque rien, évidemment. Dix heures trente, on remonte. Comme elle se fait chier elle me dit « viens dans mon bureau on va rigoler? Ha ! ha ! ha » ! Dix heures trente cinq, dix minutes à se dire des banalités et je me barre. Retour au cachot où Maria Hernandez ne s'est hélas pas jetée par la fenêtre. C'est l'heure du sermon à son fils qui n'a pas cours ce matin. « LILIAN, TU DOIS ETRE GENTIL AVEC JEAN-LUC ! C?EST TON PETIT FRERE ! TU NE DOIS PAS LE TAPER ! PAS DE FOOTBALL PENDANT DEUX SEMAINES ! ». Encore une envie de chialer qui me prend et pour ne pas me jeter sur ma collègue et la battre à mort à coups de téléphone dans sa gueule, je vais voir CJ pour les fameuses contraintes informatiques en faisant un passage Bogdanoff porte ouverte qui devrait postuler aux oscars du meilleur rôle de cadre impliqué dans les affaires de la boîte. Descente au rez-de-chaussée avec Schneider, l'ancien énarque dont l'oeil droit dit bonjour au gauche mais qui se garde bien de me dire bonjour à moi. Et dire qu'il me suffirait de le traiter d'enculé pour m'évader de ce trou avec panache. Décidément je suis vraiment couard ! Maillard couard ! me dis-je en le quittant dans l'ascenseur. Non, c'est pas pour toi que je souris gros pédé !
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