On a la vie qu'on mérite
Ce qui fait que certains laissent et d'autres...pas... On s'en fout ça n'a ni queue ni tête.
Aujourd'hui, nous sommes lundi et je ne suis pas comme qui dirait friande des lundi. C'est ce lundi, alors que la veille je me suis couchée très tard (on peut s'autoriser quelques folies de temps à autres), que l'entreprise Chouaïeb a choisi pour refaire la colonne d'eau de l'immeuble aux alentours de 06h45... Je tiens à remercier celui qui a joué de la perceuse avec brio de façon si outrageusement matinale. Moi qui aie choisi comme sonnerie de réveil un truc doux qui ressemble à du-vent-dans-les-bambous-du -jardin-japonais-là-où-il-n'y-a-pas-de-bruit-et-que-tout-est-paisible, je dois dire que je n'ai pas eu le plaisir de l'entendre. La mine hagarde et le pas mal assuré, je me dirige vers le lavabo en vue de procéder à mes ablutions mais quand j'ai tourné le robinet dans l'espoir d'y voir jaillir un torrent d'eau fraîche et pure, c'est trois gouttes saumâtres et un bruit de crépitement qui s'en échappèrent. Je me souviens alors vaguement d'une note scotchée à la porte de mon immeuble faisant vaguement aussi allusion à une coupure d'eau. Le chauffe-eau crachota quelques éticelles qui ne furent pas entièrement pour me rassurer. C'était l'occas' rêvée pour profiter comme il se doit d'un lundi que je n'aime pas. J'attrape mon téléphone et compose le numéro de mon patron, à la deuxième sonnerie s'enclenche sa boîte vocale: "Oui euh Didier désolée de vous prévenir si tard (10h45, je suis censée commencer à 11h00) mais je risque d'avoir un peu de retard parce que euh... voyez-vous mon chauffe-eau fait des bruits bizarres et crache des éctincelles parce qu'en fait euh ce matin, ils réparent la colonne d'eau de l'immeuble et euh je suis descendue voir les plombiers qui m'ont dit de pas bouger de rester chez moi et de les attendre... (mensonge éhonté) alors voilà... Bon bah je suis désolée vous pouvez me rappeler 01................ Bon ... Bail!e baille! Euh pardon, à plus tard... Euh... j'vous rappelle."
Quinze minutes plus tard alors que je suis tranquille devant mon pécé à discuter avec ma mère, il rappelle: " Oui Didier à l'appareil, hors de question que vous restiez chez vous, on est grave dans la merde, le Chef est dans le jus complet (Hein quoi?) surtout qu'Eddy n'est pas là c'est sa semaine de cours alors il rame grave (hein??? quoi???), ce que vous faites vous éteignez le compteur et je viendrai vérifier votre tuyauterie (hu! hu!) après le service. On va voir ça ensemble. Zavez dix minutes pour ramener vos fesses. Baille." Clic.... Holy sh...!
J'arrive et trouve dans mon pot à pourboire une dizaine d'euros, très probable suite de ce que je n'avais pas pu prendre vendredi soir. Je suis contente de les trouver, un peu comme un billet oublié dans une poche de jean. Je me dis que finalement, j'ai bien fait de venir. On a peu de monde, le Chef (pas le mexicain, celui d'avant, j'm'y perds, il change chaque jour que Dieu fait) est effectivement dans le jus attendu qu'il veut me faire servir un filet de harengs doux sur pommes tièdes avec des binch salement découpées et crues, de surccroît... Quelques instants plus tard le Chef mexicain déboule avec un sourire niais, son concurrent le regarde d'un oeil qui ne laisse rien présager de bon si d'aventure il ne dégage pas fissa-fissa de sa cuisine... "Je viens voir Charlotte", annonce-t'il d'un ton triomphant. J'apprends qu'il a trouvé un poste ailleurs, qu'il part demain dans le sud de l'Angleterre où dit-il: "Les mentalités sont plus mieux". A l'annonce de la nouvelle, Charlotte manque de fondre en larmes genre vous pouvez pas me faire ça et je vois qu'elle aussi ça l'épuise ce défilé de Chefs qui ne veulent pas rester en place. "Il était bien pourtant celui-là" me dit-elle une fois qu'il est parti, son menton tremble.
Arrivent deux hommes que je range immédiatement dans la catégorie gros chieurs à peine eurent-ils passé la porte. "Bonjour messieurs!" Pas de réponse "Deux personnes?" " 'Ai, deux personnes..." Je leur désigne une des trois tables de deux qui sont libres mais ils tiennent absolument à prendre une table de trois. "Comprenez messieurs que je suis horrfifiée de ne pas pouvoir vous donner cette table, nous allons en avoir besoin... Navrée..." (je secoue un peu la tête pour accompagner le geste à la parole) " Ah ouais? Bah vous nous donnez cette table sinon vous perdrez deux clients!!!" Je leur dit : "Ecoutez Messieurs pas de chantage ici, vous me mettez extrêmement mal-à-l'aise alors sortez, c'est pas une façon d'obtenir ce qu'on veut!" Evidemment je n'ai pas dit ça, j'ai du dire un truc du genre "..allez-y installez-vous" d'un ton pas aimable. Je n'ai eu droit ni à un merci ni même à un aurevoir, leur commande n'était qu'une suite d'ordres aboyés. C'est avec un grand sourire que je leur ai amené deux cafés dans lesquels j'avais un peu essoré mon éponge.
Mon seul et unique souhait est de me barrer le plus tôt possible, à 14h00 je répète à Charlotte le laïus que j'avais maladroitement répété sur son mari quelques heures plus tôt, surtout surtout, avant que son mari n'arrive pour comme il dit "vérifier ma tuyauterie". Quand je veux récupérer mon bien (les euros trouvés en arrivant) Charlotte me fait "Tatatatatata, je ne suis pas sûre que ça vous appartienne, vous ne pouvez pas les prendre il faut que je demande à Antoine (son fils qui avait bossé avec moi et avec qui j'avais fait moitié-moitié, on m'y reprendra plus) si ils vous appartiennent bien. Et puis pour compenser vous viendrez une heure plus tôt demain. Elle me tend des pièces en cuivres récupérées sur une table, trente cents à tout pêter, ainsi qu'un billet de vingt francs suisses, et me dit "Par contre, ça c'est bien à vous!"
Zendizkoualégens?