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Vous êtes le ème pelé à glander ici, félicitations...
Pas l'ombre d'un adversaire potable pour jouer aux sept familles, pas grand chose d'autre à lire que Closer, bref c'était un séjour façon ras des pâquerettes. Mais oui j'me plains, j'ai le droit.
J'me doute bien que c'est pas ça qui vous intéresse bande de ptits sales, commençons par le début. Commençons par la nuit du 31 mars au 1er avril...
On avait beau me prévenir que j'allais passer sur le billard, j'avais pas vraiment imprimé tout ce qu'on allait me faire. Le sage-femme de garde, Frank, a eu beau me répéter six fois comment allait se dérouler l'opération, je continuais de lui poser les mêmes questions "Et sinon? Euh... C'est quand que je peux refumer bordel?". Le pauvre m'a collé un xanax au fond de la gorge avant de partir avec une mine défaite. J'ai tourné en rond cette nuit-là, le xanax n'a pas fait effet, ya pas à dire je claquais des fesses sévère sévère. Et puis le matin est arrivé, amenant avec lui un Christophe neurasthénique, appareil photo d'une main, brumisateur de l'autre. On me recolle un xanax. Bon là, en deux secondes, j'étais complètement faite.
" - Chouips... T'es stone...
- Billevesées Istof, moi très bien, parfaitement normale.
- Reste allongée tu vas te casser la gueule bordel.
- Je vais très bien Maman, tu me passes le beurre?
- Hein?
- Putain c'est beau une ville la nuit...
- Chouips... Il fait jour là, mais restes allongée bordel de merde!
Et puis ils sont arrivés et là, c'était mes dernières minutes de fille-tellement-pas-responsable-que-tu-lui-confies-pas-ton-briquet. Chariot, couloir, ascenseur, salle de naissance. Beaucoup, beaucoup trop de monde dans cette salle de naissance. Ca papote dans l'équipe de chirurgiens, j'ai l'impression tenace d'être un tas de viande bientôt froide. Voilà l'une des choses qu'on m'a répété un nombre de fois incalculable sans que je ne l'entende complètement: la rachianesthésie.
Le truc chouette m'a-t'on dit avec la rachianesthésie, c'est qu'on sent tout...sauf la douleur. Vous avez vu Existenz? Avant le premier avril je me demandais ce que ça pouvait faire quand Jude Law se branchait le pod dans la colonne vertébrale. Grâce à la rachianesthésie, je ne me pose plus cette question, ça fait comme un doigt qui te pousse les vertèbres, j'ai connu sensations plus plaisantes... On m'allonge, on tend un champs opératoire pour m'éviter la vue du massacre, on attend cinq minutes, on me pose une saloperie de sonde urinaire et en voiture Simone. Premier coup de scalpel, j'me dis quoi c'est tout? Petite naïve, c'était juste mon cuir. Un deuxième, un troisième, un quatrième, ça fait très très bizarre à Vieux Félin de sentir qu'on est en train de l'éventrer. Elle se raidit un peu Vieux Félin, elle a du mal à respirer, bref elle flippe sa race Vieux Félin. La sage-femme me colle un masque à oxygène et me propose un peu de musique, volontiers. Je serai infoutue de vous dire ce qu'elle a mit, et ouais, une fois toutes les couches de peau graisse muscle sagement tailladées, faut pousser un peu tout ce bordel pour dégager l'utérus. Tellement violent que je suis littéralement secouée sur la table. Ca c'est le pire, le "On dégage les angles" Je pense à Valérie Lemercier "Qu'est-ce que tu veux faire plus tard? Euh...vider les truites..." Là je demande "Ca va durer longtemps?". La sage-femme à qui je broie consciencieusement la main répond "Il est exactement 10h08, à 10h20 vous serez Maman". La vache... Ils ont attaqué l'utérus attendu que le doux son slurp-slurp-slurp que j'entend c'est le chirurgien qui aspire le liquide amniotique. Et puis j'entend un chat miauler, je cherche du regard, j'appelle : "Boudou? C'est toi pute de chatte?"
NON
C'est un bébé, tout dégueu, vraiment dégueu, qu'on me montre au dessus du champs opératoire. J'ai à peine le temps de le toiser qu'ils l'embarquent.
"Quelle heure est-il?
10h11"
On me recoud et j'ai toujours pas compris que mon fils était né. Il est avec Christophe qui je le saurais plus tard, avait juste eu le temps de descendre fumer une clope avant de remonter et qu'on lui tende son fils. Ca me fait chier de pas avoir vu sa tronche à ce moment-là, mais bon.
J'ai toujours pas vraiment vu mon fils, je suis ouverte sur la table d'opération à me demander comment cette pute de chatte a pu arriver jusqu'ici quand la sage-femme revient avec Lazare (Ouais c'est son VRAI blase, Lazare, ne vous déplaise)
" - Regardez c'est votre petit garçon.
- Putain... Il est tout petit, putain il est tout petit. Il est où le responsable?
- Votre conjoint est àcôté, il est très ému, il m'a dit de vous dire qu'il vous aimait."
Comment voulez-vous que je voie mon fils avec toutes ses saloperies de larmes qui coulent? Ils l'embarquent à nouveau. Je ne le verrai que deux heures plus tard une fois sortie de salle de réveil.
Qui pensait que j'allais fermer enfin ma gueule? Mouarf, pas moi. J'ai saoulé une dizaine de sage-femmes pour qu'une d'entre elles me descende pour fumer une clope. J'ai obtenu gain de cause. Qui pensait que j'allais rester 24h avec une saloperie de sac à pisse? Mouarf, pas moi. Z'ont capitulé vers trois heures et me l'ont enlevée. Qui pensait que j'allais rester en fauteuil roulant comme une putain d'infirme? Certainement pas celles qui ont dû me courir après vers l'ascensceur, suivant ma trace aux gouttes de sang que je laissais sur mon passage ne m'étant pas rendue compte que j'avais partiellement arraché ma perf'. Bref à peine douze heures après, je galopais après les meilleures clopes de toute ma vie.
Et Lazare dans tout ça?
Il est vraiment petit: 1840g, 41cm. Il est vraiment sale avec tous ses bouts de trucs collés sur la face. On dirait un ouistiti. Il est tout chaud, il ressemble à son père. J'me dis que c'est pas ça qui me filait tous ces coups de pieds quand je tapais sur mon clavier. Bah si, la vache.
Mon fils est vraiment extraordinaire. Il s'est débrouillé comme un grand sans qu'on l'aide, pas de couveuse, pas d'assistance respiratoire. Il sent le lait, il est tout petit. Christophe est amoureux de lui...
Le bonheur, c'est simple comme une cuite sur un parking.
Un grand merci à L'Emmerdeuse, Val et Poupon pour leur soutien.
A No, Zeste, Bertrand pour leurs messages.
Une bise molle à Gabi
A tous les autres qui se sont inquiétés, qui sont venus aux nouvelles, merci.
Honey... I'm Home !!!
Lazare est magnifique !
Ton article (que j'attendai avec impatience) m'a mis la boule-dans-la-gorge, l'humidité à l'oeil.
Ca c'est l'effet du net. Internet c'est nul !! on parle à des gens qu'on ne connait pas, on s'atttache, on se met à les aimer, à les traiter avec de jolis noms d'oiseaux, on attend les articles.. Bref ! c'est débile, mais je suis là, à lire ton "poisson d'avril" comme si on lirait la lettre d'une chère amie.
Alors très chère, je vous souhaite tout le bonheur du monde à partager en trois.
J'ai trouvé toute cette histoire très émouvante, j'en ai la larme à l'oeil.
Belle histoire ;)
Zendizkoualégens?