Au risque de m'attirer les foudres de mes congénères, j'le dis tout net: si on m'avait donné le choix,
j'aurais préféré être un mec. C'est à dire que je leur envie pas mal de trucs. Prenons l'amitié comme unique exemple. Quand je vois, comme hier soir, mon mec et son "dude" ensemble, je ressens la
main froide de la jalousie s'emparer de mon p'tit coeur de fille. Explications: Ya cet amour tout pétri de virilité (quand ils se regardent faire des crèpes, à qui de couper la saucisse de
Morteau, à qui de faire péter la crème fraîche), cette tendre complicité qui serait capable de traverser des siècles (quand ils s'appellent mutuellement pourri, gros lard ou vomissant), ses
oeillades entendues quand ils jaugent une nana "Oooouh, t'as vu ça pourri, sacré sardine!" "Ah j'avoue, beau morceau, j'lui pèterai bien la pastille". Cette pudeur quand un truc les émeut et
qu'ils se mettent de grandes tapes dans le dos alors qu'ils ont juste envie de fondre dans les bras l'un de l'autre. Bref ya cette espèce de force tranquille dans l'amitié masculine, un truc tu
te dis ces deux-là c'est à la vie à la mort: "Tu te souviens de la fois où on a fait pleurer la mariée???". Alors qu'entre filles on en voit s'étriper pour une nuance de blush, les mecs
paraissent bien loin de ces basses questions matérielles. Moi qui suis une fille, voyez, moi qui ne suis pas particulièrement le modèle d'exposition de la nana dans une vitrine Jennifer, bah j'ai
quoi... deux amies et aucune copine. C'est pas faute d'avoir essayé de m'en faire, j'ai dû garder espoir jusqu'en 1998... après j'ai laissé tomber. J'ai fini par me rendre compte que passé la
puberté, la fille est un danger pour la fille. C'est peut-être moi mais les copines que j'avais ne le restait que le temps de me piquer l'intégralité de ma garde-robe et souvent aussi mon mec,
dans la foulée, avant d'aller colporter dans mon dos les rumeurs les plus abracadabrantes "Je déconne pas, cette fille mange des coeurs de foetus au p'tit dèj" tout ça parce que j'avais tendance
à m'habiller en noir et à lire Sylvia Plath. Ahem... Allez pas croire que je reste amère de cette époque, je suis juste complètement consternée et surtout méfiante vis-à -vis de la tribu des
Barbies. Donc, pour qu'une fille éveille un tant soit peu mon intérêt, il faut qu'elle réunisse plusieurs critères: faut qu'elle soit un peu sale et surtout qu'elle l'assume (j'aime la fille qui
rote après avoir bu direct à la bouteille de viski, j'aime pas la fille qui essuie le gouleau avec les lèvres un peu pincées dans cette attitude dégoûtée tellement propre aux pimbêches, avant de
boire une timide gorgée avec laquelle neuf fois sur dix elle s'étrangle). Faut qu'elle soit drôle et cultivée (j'aime la fille qui aime à la fois Bill Bailey et Oscar Wilde, j'aime pas la fille
qui croit que Knut Hansum est une marque de shampooing anti-pelliculaire et Kofi Annan une marque de café équitable). Faut qu'elle soit téméraire (j'aime la fille qui se tatoue avec un moteur de
walkman un soir de beuverie, j'aime pas celle pour qui le comble de la roublardise est de sortir en boîte sans son gloss). Faut qu'elle soit nature (j'aime la fille qui pue de la gueule le matin
même que tu te mets à chercher si ya pas des fois un coyote mort dans les parages, j'aime pas celle qui se fait un brushing avant même d'aller pisser). Je sais, ça fait beaucoup de critères... et
bien peu d'élues.
C'est pour ça que quand je vois mon boy et son pote ensemble passer la soirée à s'injurier et à boire comme des trous avant de s'étaler ivres morts sur le parquet du salon, avec la mine réjouie de ceux qui s'aiment d'un amour viril, bah moi ça m'émeut et j'me dis "Merde, j'aurais préféré être un mec".
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