Bah t'attends, connasse.
C'est ça, j'ai plus qu'à attendre. Et donc, me revoilà parmi vous, à me bouffer les ongles, à me maudire, à me mortifier. Trois jours d'exams, c'est pas bézef, j'en conviens mais j'étais littéralement sur les rotules.
Lundi: grosse grosse panique parce que jamais de ma vie j'ai foutu les pieds à la fac de Rouen devrais-je dire fac-de-Rouen-de-Mont-Saint-Aignan-à-trente-bornes-de-Rouen-tant-ça-parait-loin. C'est dingue la "capacité volumique" de ce campus, entouré de cités, si bien que par mégarde tu peux très bien te retrouver à attendre ton partiel dans une cage d'escaliers.
Mais je n'étais pas sotte à ce point-là et surtout j'ai eu la chance monstrueuse de tomber tout de suite, au pif biensûr, sur le bon bâtiment où des gens sirotaient frénétiquement un café dégueulasse en fumant leurs doigts.
"- C'est ici le DAEU? Je questionne une nana au bord de l'évanouissement
- Ouais ouais c'est là, enfin j'crois, putain c'est là??? Ouais... faut qu'j'me calme, euh ouais haha... c'est là, enfin je crois.
- Merci (je vois l'affiche annoncant l'épreuve de Français) en même temps, c'est écrit juste là, donc c'est sûr.
- Tu sais on est jamais sûr de rien dans la vie.
- Laisse-moi deviner, CNED?
- Comment tu sais??? Pourquoi ya un problème, les étudiants Cned peuvent pas le passer??? Mais dis-moi, putain! Dis-moi!
- Mais non, du calme! Je disais ça parce que ça se voit, c'est tout. Moi aussi je suis du Cned.
- Ok, ouf, tu veux bien rester avec moi?
- Hein?
- Bah ouais j'connais personne...
- Moi non plus je connais personne, c'est pas une raison pour être aussi désespérée. (salope que je suis)
- Euh... Ok pas d'problème. Elle fait mine de partir, courbée par le fardeau de son angoisse.
- Mais non, désolée. Je deviens revêche quand je suis stressée, tu veux un café?
On papote autour d'un café infâme, toutes deux terrifiées à l'idée de passer une quelconque épreuve, priant à chaque minute qui défile et regrettant le jour où l'inconscience nous a fait nous inscrire.
On entre finalement dans l'amphi en grand brouhaha. A qui de faire grincer sa chaise, à qui d'exploser sa canette de coca sur le sol. On nous tend les sujets et dans la précipitation, je prend à peine le temps de les regarder: Un résumé+discussion sur la ville vue par Finkelkraut: c'est nul, dégage. Un commentaire littéraire sur Le chêne et le Roseau par Anouilh, arrière démon, dégage (j'avais depuis longtemps oublié comment commenter une putain de fable). Une dissert' "Pensez-vous que le rôle de l'écrivain soit plus de divertir ou d'avertir? Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur vos lectures personnelles et sur les textes du corpus" Et devinez ce qu'elle a prit cette grande nigaude? Bah la dissert', évidemment.
Quatres heures passent durant lesquelles je ne lève le nez de ma copie que pour aller fumer une clope. J'applique la méthode à lettre, mon plan me parait sur le moment tenir la route.
Je sors, finalement. Même si ma dissertation me parait ridiculement courte, la méthode y est. "l'angoissée" me rejoint sans tarder, plus paniquée encore.
" - Oh putain j'ai foiré!
- T'as pris quoi?
- La dissert', et toi?
- Pareil.
- Je crois que je suis hors-sujet, j'ai commenté les documents du corpus, putain quelle conne!" Elle a un regard de bête traquée, la pauvre...
- ...
- Tu crois que j'ai foiré de faire ça, hein?
- Bah, comme l'annonçait le sujet... C'était une dissertation, pas une étude de document..."
On a pas le temps de se lamenter, il est déjà l'heure de l'anglais. Je suis passablement furax attendu que si j'avais pris plus de temps pour lire les différents sujets, j'aurais pû constater que j'avais déjà fait le sujet sur la ville (c'est même le seul devoir que j'ai rendu dans cette matière) auquel j'avais eu 16/20, le même, exactement. Pute de moi.
Pour l'anglais, on nous tend un cahier gigantesque bourré d'exercices (dix pages).
Là encore je ne vais pas jusqu'au bout et constate à trente minutes de la fin de l'épreuve, qu'en plus des exercices, je devais répondre à deux questions d'expression, cent mots chacune. Le sujet traitait de la difficulté des handicapés dans une société inadaptée à leur handicap, en gros. Je répond nerveusement à la première question dont je ne me souviens même plus, genre sommes-nous tous égaux face au handicap ou une connerie comme ça.
Quant à la deuxième, j'en peux tellement plus que je pète un plomb. L'exercice était: "Ecrivez à votre député pour lui suggérer les changements que vous apporteriez pour améliorer l'accessibilité des handicapés dans la vie de tous les jours. Voilà, en gros ce que j'ai pondu:
" Mister Deputy,
Be sure I'm filled with regrets to interrupt your secretary blowing you under the desk but here's something I'd like to say. Why don't you pull your fingers out of your ass to check how you stink?
Blablabla (injures)
Ok, sorry, I've got to go...
Sincerely yours and another brick in the wall."
Chuis pas sûre que ça passe. Surtout que c'était totalement gratuit et que ça n'avait pas vraiment de sens.
Bref, le lendemain c'est ma bête noire: l'Histoire. Avec la marmotte insomniaque et prompte à nous filer une crise cardiaque que nous nous trimballons mon mec et moi, j'ai pas vraiment eu le temps de potasser. Je me rend donc à l'épreuve avec ma bite et mon couteau et advienne que pourra. J'ai choisi par dépit la République gaulliste en étude de documents. Tu as quatre documents, statistiques, affiches de mai 68, une conférence de presse de Giscard et l'extrait d'un pamphlet de Mitterrand. Première partie, on te demande de commenter les documents, tranquille. Mais ensuite on te demande une synthèse s'appuyant sur des connaissances chez moi inexistantes. J'ai fait comme j'ai pu et en guise de conclusion:
" Nous savons, vous comme moi, à la lumière de cet ersatz de synthèse, que je n'ai aucune idée de quoi je parle. Je ne m'en cache pas. J'aurais sans doute été plus locace si mon fils de deux mois avait eu la bonne idée de faire ces nuits. Cependant, je sûre que vous saluerez la beauté du geste, l'effort de tentative." Je ne peux m'empêcher de partir d'un grand rire bien sonore qui laisse l'examinateur perplexe.
Et puis merde...
Hier, j'étais au bord de la crise de nerf. C'était l'épreuve de littérature, j'étais au taquet grave.
Tous m'avaient dit (les étudiants ainsi que la secrétaire du DAEU) que nous aurions les deux oeuvres du programme au choix: Dom Juan et Le livre de ma mère. Chose qui m'a fort plu, du collège au lycée, j'avais soupé de Molière. Je me suis donc complètement rabattue sur Albert Cohen. Adieu Si c'est un homme, les dieux de la procrastination étaient avec moi depuis dimanche, jour où j'ai découvert que je n'avais pas le bon programme.
Comment trouver le Livre de ma mère un dimanche en province? Si comme moi, tu as le cul bordé de nouilles, tu appelles ta prof de français de première. Celle-là même avec qui tu as gardé contact, celle-là même qui fondait tous ses espoirs en toi et qui t'avait proposée au concours général, celle-là même qui ne t'en a pas voulu quand tu lui as dit en substance "Non, j'ai pas que ça à foutre". Par miracle, tu réussi à l'avoir, par miracle, elle possède bien un exemplaire, par miracle, elle te le donne et t'envoie même par même mail quelques pistes de lecture.
Je crie ton nom Catherine Gotteland. Bénie sois-tu entre toutes les saintes.
J'étais donc bien bien prête, mais bien bien stressée. A tel point que j'en oublié de prendre avec moi l'exemplaire de Dom Juan. Quand je te dis, lecteur, que les dieux de la procrastinations étaient avec moi... tu vas voir.
J'arrive une demi heure avant l'épreuve et discute avec les autres aspirants à la gloire.
J'apprend que nous étions 119 inscrits, 20% ne se sont pas présentés aux épreuves et que, sur ce panel, seuls 50% auront le diplôme. Je ravale avec précaution un haut-le-coeur.
Tout le monde semble avoir choisi Dom Juan, l'angoissée itou et je me sens du coup bien seule. Nous entrons dans la salle d'examen, les sujets arrivent et je ne comprend pas pourquoi tout le monde tire une telle tronche défaite, je suis la dernière à recevoir le sujet et je lis: "Sujet: Le livre de ma mère, dissertation ou commentaire composé".
Pas de Molière partant, plus de joie. Là, je ne déconne pas, je remercie le ciel, de tout mon coeur pour m'avoir faite si foutrement veinarde. Je reste les quatres heures de l'épreuve, je pond un truc plus long que le Nil et sors finalement avec la tête de celle qui a vachement pris son pied. Un bon nombre d'étudiants attendent à la sortie et me regardent avec un oeil mauvais, particulièrement une qui passe l'exam pour la troisième fois et qui part en me disant merde avec un air de je ne te souhaite pas bonne chance. Je suis contente de cette épreuve, Dieu, j'ai tout donné.
Et maintenant? Bah j'attends... Connasse que je suis.
Merci à mère d'avoir gardé mon insomniaque marmotte pendant que je jouais à l'étudiante
"Amour de ma mère, à nul autre pareil"
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Qui est-ce qui raconte sans arrêt que la télévision est un ramassis de miasmes tous droit sortis du
cul de l'enfer? Ok, la plupart du temps je le pense... ya qu'à voir les télé-réalité-on-te-mornifle-les-ganaches-en-vrai-et-en-16/9, au fait z'avez entendu parler de cette nouvelle idée toute
ricaine? Le show dans lequel des gens se font passer pour des jeunes filles de treize, quatorze ans qui surfent sur le web pour dénicher de pseudo-pédophiles... En gros... tu suis Cindy de
Milwaukee, décidement, elle est partout celle-là, qui se fait passer pour une gamine de 12 ans qui se balade hétéroclite sur www.onsenfout.com. Sa mission, nous dénicher un mâle entre 25 et 55 ans
voire plus, l'appater grave et lui proposer de passer chez lui histoire de se rincer les badigouinses à grands coups de slushy cerise en écoutant le dernier Justin Timberlake. Si le mec dit ok,
c'est bon pour Cindy. Si le mec dit ok, à peine a-t'il ouvert sa porte d'entrée qu'il se trouve plaqué au sol par une tripotée de flicaillons plus bourrés qu'un Nîmois un jour de ferria et entouré
de caméras en veutuenvoila. On l'embarque en direct, inculpé pour tentative de on-est-pas-trop-sûr-de-quoi-sur-mineur-virtuel-de-moins-de-quinze-ans. Ca rassure les parents et en plus ça
rapporte...Rassurez-moi, je ne suis pas la seule à voir toute la putasserie de cette idée? Bref, la plupart du temps, regarder la télévision, c'est un peu comme quand tu veux sauter en parachute,
l'idée est louable mais on ne peut pas prédire les résultats. Tout dépend du psychisme de l'intéressé. Alors ya bien des expériences gentillettes, comme quand tu te colles devant le téléfilm du
vendredi soir sur france 2 because ya Jean-Pierre Daroussin et que tu l'aimes bien et surtout parce qu'il y a un pote à toi qui joue le rôle du "bicot" inculpé à tort pour meurtre dans la France
hypra-raciste des années soixante. Bon, ça casse pas trois pattes à un canard mais tu te marres bien à mater ton pote prendre l'accent d'un épicier marseillais. T'es même un peu fièrote, parce que
Lahcen, tu l'aimes bien. C'est le genre de type qui t'étonne et tu te souviens du soir où, coincée derrière ton bar, tu textotais tout en faisant semblant bosser et que Lahcen se pointe, te regarde
deux secondes avant de lâcher: "Félicitations ma grande! C'est pour quand?" alors que ça fait deux jours que tu sais que t'es knocked up et qu'à part ton mec personne ne sait. Bon. Ya aussi les
trucs super chouettes genre la freebox. Et là, je rend largement hommage à Freebox, seule divinité devant laquelle je peux encore me prosterner, exceptés Queneau et Vian mais c'est une autre
histoire. La seule divinité qui te permet de télécharger des trucs de façon peu légale et de les mater tranquille sur ton écran 17 pouces. Je rend gloire au Dieu Freebox. Et puis parfois, quand
t'es tellement crevée que tout ce que tu veux c'est la béatitude hypnotique que seule peut procurer une chaîne comme TéVa ( je suis la seule à penser que ça veut dire Télé-Vagin?), tu te colles
devant Les dossiers de Téva tout en ignorant le babyphone qui gueule sa race, parce que si tu y prêtes attention une minute de plus, tu feras soon partie des mères qui ont secoué leur bébé. On dit
que tu te colles devant Téva et Marianne Fournier pendant que ton mec fait semblant de prendre son rôle de parent au sérieux et se contente de mimer ce qui devrait être le bain du bébé. Biensûr, il
est infoutu de savoir où sont les choses:


Zendizkoualégens?