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Je ne suis pas un numérooo !!!

Vous êtes le ème pelé à glander ici, félicitations...

Mercredi 30 janvier 2008

Je sais bien pourtant que je ne dois pas regarder TF1, nan, j'dois pas... j'fais des cauchemars après. Je ne regarde JAMAIS TF1 sauf... hier soir. Hier soir, j'me suis tapé Confessions Intimes (j'entends déjà la foule huer et lancer des tomates). Confessions Intimes donc j'explique pour ceux qu'on eu la bonne idée de ne jamais regarder: c'est un peu le Strip-Tease du beauf. Filez une caméra à Marcel Guitoux, sa femme et ses trois gosses, tous fans inconditionnels de tunning et laissez-les s'entretuer sur la cuisson des pâtes. Ensuite, collez une blonde dont le cou brille par son absence pour présenter l'émission, une autre blonde-bonnasse-Karine-Granval pour faire la pseudo-psy, elle se fringue toujours en grosse salope pour exciter Marcel et faire passer sa femme pour une ânesse. Elle est à peu près aussi crédible que Bernadette Chirac aux restos du coeur mais visiblement ça n'inquiète personne. On ne peut pas dire que cette émission soit une affaire de crédibilité d'ailleurs, crétinerie crasse oui, mais crédibilité non. Bref, au début rien que du très très normal: un nabot marseillais ancien boxeur qui est obviously un jour passé par la case prison. Le genre de type à qui on ajoute des sous-titres, engageant le télespectateur à se demander s'il n'est pas tombé par hasard sur une chaîne croate, le genre de type qui martyrise tout ce qui porte un string et qui passe son temps à jouer à la belotte avec d'autres types tout aussi incompréhensibles. Et puis sa gonzesse, elle par contre on sent qu'elle a fait un effort de présentation, même si ce n'est pas du domaine du probant, on sent la bonne volonté de celle qui sait pertinement qu'elle se fade un gros connard mais qui essaie quand même de le comprendre quand il parle. On assiste, nous téléspectateurs, à leur dispute le nabot dit pendant le diner "Bon j'ai fini, j'vais me coucher" il se lève même si sa meuf n'a pas fini et se casse en éteignant la lumière, laissant la pauvre Brigitte dans le noir devant sa désormais invisible assiette de cervelat. Et elle de rétorquer: "Je ne suis pas un sac à main!!!" Ce à quoi le nabot objecte "Non mais un sac à merde oui". Evidemment je suis pliée de rire et me roule un peu sur le tapis, Christophe par contre ne rigole pas du tout "Tu fais pareil quand je suis dans la salle de bain..." me dit-il avec des yeux tristes. Un texte défile en bas de l'écran: "Votre conjoint vous rend folle appelez le 01 34 .........., Votre conjoint vous rend folle." Sans ponctutation appropriée genre "Votre conjoint vous rend folle?" non non non pas d'ça Lisette, votre conjoint vous rend folle, c'est pas une question c'est un fait.TF1 se casse même plus le cul avec les messages subliminaux, il te dit en gros et gras ce que tu DOIS penser.

Deuxième reportage, le meilleur selon moi, une mère de famille (ahem: six enfants, six pères différents) qu'a pondu son premier marmot à 16 piges et qui décide à 35 d'entamer sa crise d'adolescence en se tapant un jeunot de 23 ans, le chevauchant sur le canapé du salon pendant que sa plus jeune fille se tape les redifs d'Hélène et les garçons. Ca se voit comme un pénis entre deux couilles que maman a découvert récemment les joies de la beuh et que le jeunot, en plus de fumer à l'oeil se fait sucer gratis. Que demande le peuple? Maman:(yeux rouges et secs et quasiment fermé, sourire idiot aux lèvres) " nan mais ils comprennent pas que moi j'ai pas eu d'jeunesse... maintenant je fais qu'est-que j'veux". Plan sur elle dans la chambre de sa grande fille (que le jeunot se taperait bien soit dit en passant) cherchant dans sa penderie quel string elle pourrait lui emprunter pour aller zouker en boîte. La fille arrive horrifiée par l'a(l)ttitude de sa génitrice et tente un pathétique "C'est personnel les sous-vêtements..." Le texte défile en bas de l'écran "Votre attitude nuit à votre entourage, contactez-nous............... Votre attitude nuit à votre entourage"

Après un autre "Vous ne vous comprenez plus" et un " Votre père veut vous gâcher la vie" j'éteins la tivi, passablement ébranlée par le spectacle que m'a offert cette soirée. Je tente un regard vers mon conjoint à moi qui le fuit, nous avons honte, tous les deux. Nous nous inquiétons sérieusement sur notre avenir commun , tous les deux. Nous risquons de nous séparer d'un instant à l'autre, tous les deux. Chacun de nous sait pertinemment que c'est même pas la peine de songer à un coup dans la motte ce soir. On se salue chastement et bonne année grand-mère.

Je sais que je ne devrais pas regarder cette foutue chaîne, cette nuit j'ai rêvé que j'avais une bonde entre les cuisses et qu'en l'enlevant, les eaux se déchaînaient. Je perdais les eaux, enfin le coca light... et me disais oh la vache vraiment c'est un peu tôt non?

Ce matin, ma ville ressemble à Denver après une pluie acide, j'ai qu'une seule envie: traîner dans mon sarouel pour attendre que le monde explose.

FAUT PAS REGARDER TF1

par Vieux Félin publié dans : Les Terrifiants
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Mardi 29 janvier 2008

J'aurais du me douter qu'en commençant à écumer toutes les boîtes d'intérim de cette putain de ville j'allais m'exposer à bon nombre de déceptions diverses. Mais voilà, je suis une grande naïve. Et une grande naïve qui, malgré ce qu'elle en dit, croit toujours en la bonté des inconnus ne se doute pas qu'elle va sortir de chez Adia en chialant comme une saloperie de veau. Ca commence normalement, Vieux Félin Grande Naïve Devant l'Eternel se lève et se dit qu'une fois n'est pas coutûme, elle va faire ce que lui dit son boy, trouver un boulot. Alors elle prend ses petits doigts et elle tape "agence intérim" dans les pages jaunes. Jusqu'ici tout va bien, elle reprend ses petits doigts et elle compose le numéro de l'agence la plus proche de chez elle (200 mètres) parce qu'en plus d'être naïve, c'est aussi une sacrée feignasse. C'est une certaine Lucille qui me répond, après lui avoir exposé ma situation: aucun diplôme, enceinte de six mois, sans moyen de locomotion, grosse merde financière, prendrais à peu près tout et n'importe quoi pourvu que ce soit un tant soit peu rémunéré, Lucille me dit qu'elle comprend très bien et que mon "état" ne m'empêche absolument de trouver du travail. " Vous en faites pas, on va bien vous trouver un p'tit quelque chose à faire". Lucille est très très sympa, Lucille... c'est le genre de personne tellement gentille au premier abord qu'elle te donne envie de te blottir dans son giron pour attendre la fin du monde. J'ai toute confiance en Lucille qui m'encourage à passer à l'agence pour m'inscrire. Une fois de plus, je fais ce qu'on me dit: je prends mes papiers, ma carte d'identité, ma carte vitale, ce qu'il me reste de courage et me rends à l'agence en question.

Seulement, je pressens en passant la porte que l'espèce de chose assise à son bureau n'est pas Lucille. Non ç'aurait été bien trop facile... Peut-être que les agences d'intérim fonctionnent un peu comme les sites de rencontres... sur la photo ça a l'air bien mais en vrai, c'est pas du tout ce que t'as commandé. Bref. La chose qui s'appelle en fait Chantal me fait poireauter environ cinq minutes debout comme une conne avant de lever sur moi un regard suspicieux.

"C'est pour quoi?" lâche-t'elle comme un vent. "Bonjour, j'ai appelé tout-à-l'heure, j'ai eu Lucille. Elle m'a dit de passer pour m'inscrire." "L'est un rendez-vous, asseyez-vous j'm'occupe du monsieur, j'suis pas à vous avant une bonne demie heure" Le plus tard possible, ça me convient, j'espère encore pouvoir choper Lucille... Je m'installe et observe la chose torturer le pauvre mec qui voulait juste être chauffeur poids-lourd. La chose est sèche comme un coup d'trique, une demie heure passe pendant laquelle j'entend mon père me parler. Ca faisait longtemps tiens... avouez qu'entendre la voix de son père vous faire intentionnellement rire depuis l'au-delà n'est pas chose commode quand on veut passer pour quelqu'un de sérieux. La chose est de profil, tout ce que je peux voir c'est l'énorme épi qu'elle a sur le côté droit de la tête et son nez, qui descend à hauteur de sa bouche. "Elle a une tête à avoir mauvaise haleine, tu trouves pas?" m'informe mon paternel. C'est pas que je n'aime pas l'entendre, c'est juste qu'il risque de vachement me déconcentrer pendant l'entretien. Je pense "Ta gueule stp" très fort dans ma tête. Arrive mon tour, entre-temps d'autres demandeurs d'emploi se sont massés dans mon dos et me rendent passablement nerveuse. "Vous avez un cévé?" "C'est-à-dire que non, mais je peux vous l'envoyer par mail, je n'ai pas d'imprimante" (soupir de la chose vérifiant l'hypothèse parternelle, la chose a effectivement une haleine de coyote frappé de cyrrhose) "Bon qu'est-ce que vous voulez faire?" "Je ne sais pas trop, ce que vous pouvez me proposer" "Bah oui mais vous êtes marrante, vous, j'ai rien à vous proposer, z'avez quoi comme expérience professionnelle?" (C'est une pisse-vinaigre ta vioque, j'la situe pas) J'essaie de détendre l'atmosphère en tentant un "J'suis pas mauvaise au 4.21 et je me défend au bonneteau..." Ca ne fait rire que moi, mon père et un mec dans la file d'attente. "Ahem.. euh je plaisante, j'ai été barmaid pendant deux ans et serveuse en restauration pendant quatre ans" "Rien d'autre? " J'aurais bien dit modèle-souvent-à-poil, entre autres pour un calendrier censé relancer la carrière de Mallaury Nataf, mais j'ai senti que ça me desservirait plus qu'autre chose. "Je parle anglais" "Sans déconner?" se moque-t'elle. Ca se voit à cent mètres que la seule chose qu'elle lit sur mon visage c'est "Inapte" écrit en gros et en rouge. (T'as pas envie de lui applatir son épi? Viens on se casse, vaut pas une verte à son effigie cette connasse) Je reprend mon calme: "Ecoutez, dis-je, je suis prête à accepter n'importe quel travail, usine, ménage, caissière, du moment que je gagne de l'argent." Là elle me regarde avec autant de mansuètude que si j'étais une merde sous sa chaussure "Vous rêvez mademoiselle, vous ne trouverez rien, revenez quand vous aurez mis bas" Je sens des larmes de colère monter et me picoter les cils, je commence à trembler: signe ostensible que je vais bientôt en venir aux mains. (Roupies de sansonnet !!! Banzaï!!!! Frappe, frappe, frappe!!! Donne moi un F! Donne-moi un R! Donne-moi un A! Donne-moi deux P! Donne-moi un E! + enthousiasme de cheerleader) La chose et son épi sur le crâne me tendent un formulaire d'inscription avec un air de vous croyez au Père-Noël. Je sens que je ne vais pas tarder à m'énerver sévère et demande à la chose si je peux le remplir ailleurs. "Nan, nous ne sommes pas habilitées à laisser sortir des documents" Les gens derrière se foutent un peu de ma gueule, la chose aussi rigole... Je lui balance le document au visage, crache dans ma main et lui applatit sur le crâne. "Voilà, comme ça c'est mieux"

Je sors en pleurant, j'aime pas trop la vie aujourd'hui...

T'es bien la fille de ton père...

par Vieux Félin publié dans : Les Pathétiques
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Lundi 28 janvier 2008

Comme vous devez vous en douter, ma bonne humeur de vendredi n'a pas duré plus de quarante-cinq minutes. Il m'est profondément impossible, je dirais même plus, viscéralement impossible de mettre mon cynisme de côté plus d'une journée. C'est pas que j'aimerais pas, hein, être un peu plus gaie et un peu moins "gnagnagna Et t'as vu l'autre... pis d'abord j'en ai marre... gnagnagna quelle vie de merde..." le problème c'est que numéro un: je ne serai plus moi-même et ça j'aime pas, numéro deux: je serai moins drôle pour ceux que je fais marrer et ça j'aime pas non plus, et numéro trois-pas-des-moindres: je ne serai plus apte à écrire ce blog et ça j'aime carrément pas du tout. Enlevez-moi ce blog et je ne serais plus qu'une pauvre chiffe suicidaire, un égo fantôme, une tagliatelle séchée sur un rebord de casserole. Je pourrais même tourner carrément mal, genre fan de disco. Je ne sais pas si vous avez remarqué, et là si j'en choque tant pis pour eux, mais les rares vrais amateurs de disco qui ont pu croiser ma route n'étaient que de sombres dépressifs en manque de design plastisque et de patins à roulettes. Des gens tellement tristes de constater que la vie à leur époque n'est pas du tout celle qu'ils avaient imaginé qu'ils se sentent obligés d'écouter cette musique de G.O, dans le secret espoir de vivre encore un peu comme dans That seventies show . C'est pas seulement les paroles, c'est pas seulement la musique, c'est le message de ce mouvement diabolique: Accroches-toi un sourire aux oreilles et danse comme si t'avais des fourmis rouges dans le cul même si tu rêves juste de mettre la tête dans le four (ça marche aussi pour la techtonik). D'aucun dirait "Tu peux parler avec ton rock poussiéreux" je dirais "Fuck Marcel, ça au moins c'est d'la zique" Comme dirait l'autre "On est pas des lyonnais non plus..." Cherchez pas, ça ne veut rien dire.

Bref, pour mon équilibre intérieur, je ne change rien. Yen a que ça arrange, comme ma soeur, elle est un peu comme moi et je pressens qu'elle se sentirait un peu seule. D'une parce que je ne serais plus en mesure de la divertir pendant ses heures de bureau, de deux parce qu'on aurait beaucoup moins de trucs sur lesquels pouffer comme des connes, si on nous enlevait la capacité de baver sur notre prochain. Et y en a que ça arrange pas du tout, comme mon boy. Lui, il serait bien content si je lâchais un peu mon clavier pour, soyons fous, faire la cuisine de temps en temps. Il aurait aussi un peu moins honte de moi quand il me présente à ses potes si j'arrêtais de pérorer et de lâcher mon fiel: "Elle est... spéciale, ta femme".

A qui l'épouse, à qui l'enfant, à qui les parents de me regarder comme si Saint-Anne testait sur moi la réinsertion des sociopathes dans la vie de tous les jours. Je dois avouer que quand mon cher et tendre me lance un regard aterré et que je sais par expérience que ses prochains mots seront "Chouips...(longue pause + oeil de SS) t'es HORRIBLE", je dois avouer oui, que ça me fait un peu mal. Mais peu importe, mon bien-être vaut bien quelques redomontades et quelques invitations déclinées.

Ma bonne humeur donc... je ne la devais qu'à l'acquisition d'un jeu de fléchettes électronique. Parce que ma passion de barmaid c'était le 301 éliminatoire et quand je bossais dans mon bar de kabbyles z'aviez plus de chances de me trouver en train de rugir devant la cible que derrière le zinc à récurer la machine à café. Pour ce que j'avais à servir... mes clients pouvaient passer un nombre d'heures incalculables devant un seul et unique expresso. J'ai dit "Chouette!!! Chouette, putain d'sa race!!!" quand Christophe a déposé l'objet convoité dans le caddie entre les noix de cajou et le jus de kiwi. Première partie évidemment j'le latte, je tourne du cul pour signifier ma joie et mon cher et tendre de s'énerver. Deuxième partie: j'me fais latter et j'lui balance des noix de cajou pour signifier ma hargne. Troisième partie, il exulte parce qu'il a gagné contre moi une semaine de vaisselle (plus je m'énerve plus je parie gros) De mon côté, je suis simplement écarlate, l'écume aux lèvres et ne m'exprime plus que par borborygmes. Christophe annonce: "Bon Chouips, mort subite, si tu gagnes on annule ta semaine de plonge mais si je gagne, j'en ai rien à foutre, la semaine prochaine TU TROUVES UN BOULOT et tu lâches un peu ton putain de blog". Je ne l'avais pas du tout vu venir, avec son cadeau. Je crie un truc qui voulait dire okay mais qui n'y ressemblait que très peu. La partie s'engage, je commencais déjà à me frotter les mains et à tourner du cul quand Christophe a gagné avec un triple 20, un triple 18 et un 5. Le problème avec ce jeu, c'est qu'on ne peut pas dire "Pfff t'es cocu c'est tout" non parce que ça, il pouvait pas le faire au pif cet enculé. Je chope mon chat et lui fait executer un "Boudou-cascade", ça consiste simplement à jeter son chat en arrière en criant "Boudooou cascaaaaaaaade!", en variante ya aussi Boudou-Agility et Boudou-Judo. Je sens que ça se passe d'explications. C'est toujours le petit personnel qui morfle. Christophe se marre sous cape, je pleure ostensiblement. Me restait donc à passer en revue les boulots que l'on pourrait me confier, moi-la-fille-sans-expérience-professionnelle-digne-de-ce-nom-et-enceinte-jusqu'aux-yeux. A ce jour, je n'en ai trouvé qu'un et je ne sais pas ce que vous en pensez, j'sens que j'vais faire un malheur en animatrice de téléphone rose...

par Vieux Félin publié dans : Ground Zero
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Samedi 26 janvier 2008

Il est là à l’attendre, des semaines qu’il le regarde de son œil vicieux. Il est patient et sait guetter sa proie, ça ne loupe jamais. C’est pour ce matin, il le sait, il l’a toujours su. Et lui, il se lève et il sait aussi. Longtemps il a voulu l’éviter mais il est trop fort. Il enfile son beau costume de milord et noue sa cravate, il est beau, enfin croit-il. Comme par habitude il prend son lecteur MP3 mais la musique ne lui est d’aucun secours. Les gens qu’il croise ne se doutent de rien, il y en a qui se sourient et d’autres qui font un peu la gueule. Le métro est plein à craquer, il essaie de lire son journal mais n’y arrive pas, et finalement il le range dans sa nouvelle sacoche achetée pour l’occasion. Il pense à lui, obstinément. Son cœur se met à battre beaucoup plus fort, il pourrait presque l’entendre dans sa poitrine. Sa voisine le regarde avec un peu de gêne, et semble esquisser un sourire. Mais il n’arrive pas à lui répondre, alors il ferme les yeux. Correspondance. Il marche doucement, comme envoûté par la course, mais à reculons. Nouveau métro, cette fois c’est la bonne ligne, plus rien à faire, il la prend, il sait qu’au bout il sera là. Les stations défilent et il sent maintenant le sang dans ses tempes. Aucun doute, il s’en rapproche. A Jaurès, le métro devient aérien, alors il contemple le bassin de la Villette et le cinéma MK2 qu’il n’est pas près de revoir. Comme il aimait marcher sur les quais, même le dimanche. Un jour il a photographié les gens, les bars, en longeant le canal jusqu’à la Villette. Que cette vie est loin, maintenant. Dernière portion, les wagons redescendent dans le tunnel à Anvers. Nouvelles personnes, nouveaux sourires timides, mais toujours rien. Il s’engonce dans son fauteuil et n’entend même plus la musique. Il ferme à nouveau les yeux et repense à elle maintenant. Son cœur se serre et il retient ses larmes. Plus rien à faire, dernière station, il se lève et il sort. Comme sa démarche est lente, comme ses yeux sont vides. Il est obligé de se ressaisir un peu, il ne peut pas le rencontrer dans cet état, alors il va commander un café noir au bar d’en face où il était allé la première fois. C’est lugubre, juste un bout de zinc entre un ami du tenancier et deux trentenaires qui sortent de nulle part. Il allume sa première clope et il tremble un peu. Huit heures cinquante, plus que dix minutes et il sera là. Il sort et il lui semble que son cœur va éclater s’il ne ralentit pas, alors il se dit qu’il voudrait mourir d’une crise cardiaque en appuyant sur le bouton de l’ascenseur qui le mène à lui. Cinquième étage. Une dernière fois il se regarde dans ce miroir magique qui lui avait fait tout oublier la première fois, et surtout elle évidemment. Il pousse un dernier souffle en tirant sur la sonnette et la vieille secrétaire vient lui ouvrir. Comme l’avocat n’est pas encore arrivé, elle l’invite à patienter un peu dans la salle d’attente qu’il connaît si bien maintenant. Du parquet ciré, des vieux meubles Louis machin (il ne sait pas trop), des glaces et deux trois Figaro magazine à l’autre bout de la pièce posés sur une des quatre tables ornées de dorures et de marbre. Le voilà se dit-il quand l’avocat arrive et lui serre la main avec un petit sourire sympathique, le voilà le jour J.

par Gratpoil publié dans : Poésie-d'Entreprise-Par-Gratpoil
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Vendredi 25 janvier 2008

Ya des jours comme ça, où rien ne peut m'atteindre. D'aucun dirait qu'ils ne sont pas légions, je dirais Fuck.

Je me lève, j'execute une petite chorégraphie avec mes restes de danse classique: Sissone... sissone... pas de bourrée...cabriole...pas de biche... arabesque. Et même si j'ai à peu près autant de grâce qu'un troupeau de gnous, je me rabats sur un bon vieux twist des familles et tout de suite ça a plus de gueule. J'allume mon super-ordi-hors-d'âge, j'me trémousse sur mon siège , j'attrape des bouquets imaginaires et salue mon invisible audience. Aujourd'hui, rien n'entamera mon humeur façon témoin de Jéhova. Les factures impayées qui s'empillent sur un coin de bureau sont pleines de poésie. Le message de ma belle-mère m'annonçant qu'elle compte prendre une semaine de vacances pour mon accouchement et ce pour pouvoir venir tous les jours à la maternité est la meilleure nouvelle de la journée. Quand elle ajoute qu'elle laisse à ma disposition le vieux matelat du landau de Christophe j'me dis "Quelle bonne idée!!!!!"

J'me sens même à deux doigts d'aller chercher ce foutu recommandé dont l'accusé attend toujours au fond de ma boîte aux lettres. J'suis prête à faire un ménage d'enfer genre récurer les plinthes, classer mes livres et cédés par ordre alphabétiques et par mouvement. J'suis prête à rouler une pelle à ma voisine cinglée, à lui préparer des cookies ou un pain de maïs. J'suis prête à faire la paix avec le monde entier. La lecture du mail de l'éditeur m'informant de l'accusé de mon manuscrit ne m'arrache pas une angoisse égotique parce qu'ils m'assurent qu'ils reviennent "très vite vers moi", la perspective de passer les vingt prochaines années à deux doigts de la depression nerveuse m'amuse.

Etre au chômage est une occasion en or de redévelopper mon potentiel artistique, à moi les canevas de cerfs devant un coucher de soleil. Si d'ordinaire la lecture de la note maquillage de notre président (34 450euros) et de Ségo (51 659 euros) pour leur foutue campagne m'aurait donné à penser que l'achat d'un énorme gode de platine eut été plus honnête pour défoncer le fondement de la France, aujourd'hui me laisse rêveuse, moi aussi j'me f'rais belle si j'étais eux. Les 12 kilos que j'ai pris ces six derniers mois me vont objectivement bien et même si j'ai plein de poils noirs sur le ventre, c'est pour mieux tenir chaud à mon fiston. Je suis la pure joie de vivre de Jack. Venez violer mes chats et les étriper sous mes yeux, je vous ferais un café. Mes pires ennemis ont un charme fou. Ma vie est une putain de mélodie. Je serais une mère formidable pas du tout névrosée et dans mes pas naîtront des nuages de barbapapa. Je suis HEUREUSE sans raison particulière. Vous en faites pas, même moi je commence à m'énerver.

par Vieux Félin publié dans : La meilleure facon de marcher
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Mercredi 23 janvier 2008

Hier soir, alors que j'attendais dans le couloir de l'appartement de ma belle-mère que Christophe veuille bien enfiler ses pompes et son manteau pour qu'on se casse dare-dare, j'ai remarqué une espèce de prospectus qui traînait sur la console... "Zizi sexuel, l'Expo" à la Cité des sciences et de l'industrie. Force m'étant de constater que ma belle-mère était déjà bien au fait du comment on fait les grumeaux, j'en conclue que le prospectus vise les mioches qu'elle garde (Son boulot c'est d'être une vraie mère pour des enfants d'IME, ça va du psychotique au débile profond, elle a bien du courage). Après avoir imaginé Claire (ma préférée) en train de foutre un boxon monstre dans le métro, à l'expo et dans le train, me vient la pensée que j'aurais un jour à expliquer à mon grumeau à moi ce qu'est le sexe. J'ai comme l'impression que ça va être folklo, pédagogue comme je suis. D'aucun dirait "Te caille pas l'lait cocotte, t'as le temps d'voir venir", je répondrais que perso, mes 17 ans c'était hier et qu'on est jamais trop prudent. J'ai bien pensé en toucher un mot à Christophe mais il était hypnotisé devant une sombre histoire de viol et de dépeçage d'enfant... dans une de ces émissions très saine où l'animateur a les yeux perpétuellement équarquillés avant de partir en remontant le col de son trois-quart en cuir, comme si il faisait froid dans les polars des années 50. Je n'en ai rien fait, il aurait pu penser que j'avais de drôles d'associations d'idées, pour ne pas dire franchement douteuses. Moment de solitude extrême, comme ma chatte quand elle squatte dans la chambre pendant nos ébats et que dans ses yeux je lis "Zêtes d'un ridicule à vous trémousser comme des lombrics..." Seule, donc, j'essaie de me remémorer comment on me l'a expliqué quand j'étais chtiote. C'est mon père qui m'avait instruite, tous deux assis en tailleur sur la moquette de ma chambre de chtiote petite fille qui pense qu'Hélène Rolles est la réincarnation du Dalaï-Lama et que Bernard Minet est envoyé sur Terre pour apaiser toutes les guerres.

"Papa... c'est quoi le sexe? Est-ce que ce serait pas un genre de carrie?" Lui: (évitant de se foutre de ma gueule) Non. Le sexe c'est quand deux personnes amoureuses se prouvent physiquement leur amour, et c'est comme ça qu'on t'a faite ta mère et moi. Moi: Tu veux dire... comme... quand on se bat? Lui: (Là il se marre franchement) Non. Plus comme quand on fait des câlins, c'est comme ça qu'on fait les bébés. Moi: Tu veux dire que quand je fais un câlin, je fais un bébé pareil? Et Morgane? Vous l'avez faite comment Morgane??? ET tu fais ça avec juste Maman ou aussi avec le Dr Sophie (un pote de mon père)? Lui: On va reprendre si tu veux bien, le sexe, c'est juste quand maman et papa font des câlins, ça veut dire qu'on est amoureux, et ça donne ta soeur et toi. Ton père ne fait pas de câlin avec Dr Sophie parce que Dr Sophie est... (je pressens qu'il hésite entre: un homme, noir, pas juif, marié,un ami) parce que le Dr Sophie n'est pas amoureux de papa et que papa non plus. Moi: Ah... Et tu l'as fait souvent ou juste deux fois? Lui: Disons que ta mère est une grande amoureuse, et que quand on aime on ne compte pas. Moi: Ah... (très perplexe) pourtant tu veux pas augmenter mon argent de poche... Lui (passablement énervé) ça n'a rien à voir, faut pas confondre l'amour et l'argent.

Et me voilà larguée aux confins de l'incompréhension, le fait est qu'il m'a plus embrouillée qu'éclairée et moi de me rabattre sur la Comtesse de Ségur et Roal Dahl, en quête d'une réponse claire. Je fais ma maline là mais ferai-je mieux, hein, m'étonnerait...

Mon fils: "Maman... comment je suis arrivé sur Terre? Moi: T'es tombé du camion de papa, chéri...Ton père et moi avons fait l'amour et on t'a eu. Lui: Comment ça? Moi: Bah tu vois, maman était bourrée et papa aussi parce que c'étaient les vacances, alors dans le fourgon... papa est monté sur maman et a beaucoup trop bien travaillé. Ensuite, papa qui avait l'nez creux est parti pendant trois semaines en Bolivie avec tonton Jibé et a laissé maman comme une conne à Paris, c'est le lendemain de son départ que j'ai su que j'étais enceinte de toi." Bon bien évidemment il ira demander confirmation à son père, ça donnera à peu près ça.

"Papa? Comment vous m'avez eu avec maman??? Lui: Je te remercie de m'avoir posé cette question et d'ailleurs je m'en félicite, voilà... ta mère a fait boire ton père ensuite elle lui ait monté dessus sans trop lui demander son avis. Mon fils: Et après? Lui: Bah après papa a cru que maman lui faisait une farce quand elle lui a dit alors qu'il venait de se taper 23H d'avion qu'elle était enceinte. Mais elle plaisantait pas. Mon fils: C'est vrai que je suis tombé du camion? Lui: ... oui. Mon fils: ça fait mal? Lui: A papa? ... oui.

Romantique n'est-ce pas? Plein de poésie et d'amour... Heureusement que parfois, ya des dessins de môme à touffe phallique pour faire le sale boulot... quoique...

par Vieux Félin publié dans : Sois Conne et Fais un Môme
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