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On a la vie qu'on mérite







Mardi 20 février 2007 2 20 /02 /2007 14:43

Couverts: 32 (tranquille...)

Pourboires: 12€ (bah voilà! on y vient!)

Décès: 1

Terrible tirade culpabilisante: 0

Terrible tyranie filiale: Grrrr

C'est dans mes p'tits souliers, comme on dit, que je suis arrivée au restaurant hier. Je ne m'attendais pas vraiment à me faire virer pour le simple fait d'avoir un peu insulté une représentante en café, mais je voyais déjà mes patrons me coincer sous les spots brûlants du bar afin d'entamer l'une de leurs désormais célèbres "Terrible tirade culpabilisante". En poussant la porte, j'aperçois Antoine, leur aîné, occupé à faire mon boulot, à savoir la mise en place et ses deux soeurs (Anita et Ambre), occupées à faire le leur, à savoir défaire la mise en place tout en chantant à tue-tête "Papillôôôôn! Papilllôôôôn, mon priiiince Papillôôôôn! Oôôaaah Oôôôaaaah!!!" modulant leur petite voix jusqu'à rendre le tout parfaitement insupportable. Je vois Charlotte à travers le hublot des cusines et me dis que si elle ne s'est pas jetée sur moi à mon arrivée, sans doute cette histoire d'insulte n'était-elle pas si grave que ça. Sans doute n'avait-elle prévu aucune vengeance... Quelle petite naïve je fais... Charlotte est une femme intelligente, tout du moins c'est une femme vicieuse, sa vengeance, c'est ses deux petites pestes de gamines. Les hostilités s'engagent assez rapidement, alors que je m'emploi à faire le stock du bar, Anita trotte dans ma direction et commence à hurler: "Maman! Elle attend un bébé Ludivine?" - en fait elle dit: "A'ma, é ata bébé bibibine???" mais je vous traduis directement en langage courant parce sinon je vais y passer ma journée- et sa mère de hurler en réponse "Mais non ma chérie, elle a grossi c'est tout, elle est pas enceinte!!!" s'ensuit un long ricanement en provenance des cuisines. Dans ma confusion, je lâche une bouteille de vin qui ne manque pas d'exploser à mes pieds et d'éclabousser une bonne partie de mon jean. "Maman!!! La femme de ménage elle a cassé une bouteille!!!" ça c'était Ambre, elle ajoute même, c'est le diable cette gosse: "Elle sent pas bon avec son pantalon, on dirait qu'elle s'est fait pipi d'ssus hihihihihihi!". Je crois vraiment rêver quand j'entend Charlotte répondre: "Vu la couleur de son jean, il en a vu d'autres, ma puce. Allez va jouer". S'ensuit le deuxième plus long ricanement de l'histoire de la restauration. J'entrevois l'idée de mettre une beigne à chacune et de me tirer avec l'argent de la caisse mais je décide que non, plus tard. Le sol est collant de vin et je passe deux fois plus de temps à nettoyer la salle, toujours suivie de près par les "Pourquoi tu passes pas le balais sous les tables???" et autres perfides remarques de Ambre auxquelles je réponds "Chérie, ça te dirait de jouer le balais???". Ambre est la pire des petites filles que j'ai jamais vu, chaque phrase dite, et je ne délire pas, cache la solide intention de t'emmerder profondément. Son grand truc, chaque fois qu'elle me voit, c'est de demander: On a eu cent fois cette conversation

- Vous êtes combien vous? (Comprendre combien j'ai de frère et de soeur)

- J'ai une soeur.

- Elle est femme de ménage aussi?

- Elle est avocate, ce qui veut dire qu'il y a de fortes chances que tu saches vraiment ce que ça signifie, dans quelques années. Et je ne suis pas femme de ménage.

- Et ta maman elle est femme de ménage?

- Non.

Et de finir par le coup de grâce:

- Et il est où ton papa?

- Il est mort.

- T'as pas de papa alors. Moi j'ai un papa!" finit-elle triomphante

Je pourrais lui dire que vu ce que son père s'enfile, plus pour longtemps mais je me dis que non, plus tard, quand elle pourra vraiment apprécier tout ce que cette réplique induit en potentiels traumatismes. Je dis juste: "Tu vois cette ENORME bouteille de vieux marc, et bien c'est papa qui l'a bue tout seul, oh le gourmand! "et la laisse méditer là-dessus.

En cuisine, le Chef commence à chanter à mon intention:"Prendre un enfaaannt par la maiiin, pour lui monter le chemiiin". Le chemin de la cave pensai-je, où je pourrais tordre le cou à cette espèce de pub vivante pour les contraceptifs. Eddy est toujours mort de rire sur la vanne du pipi-culotte et pointe un doigt dans ma direction en se tapant la cuisse quand son frère entre dans le restaurant avec la tête de celui à qui on vient d'apprendre que le Père Noël n'existe pas. Il demande à parler à Charlotte. Je vais jusqu'à mon sac chercher le kodak jetable afin de prendre Eddy tel qu'il est, un gros con qui se marre. C'est exactement au moment où j'enclenche le flash que Charlotte entre en disant à l'adresse d'Eddy "Votre gand-mère est morte, votre frère est venu vous chercher, rentrez chez vous". La mine de l'apprenti se décompose et de grosses larmes ne tardent pas à couler de ses yeux. Tout en pensant que tout ça est bien triste, je ne peux m'empêcher de souhaiter avoir capturé l'instant qui verra enfin Eddy fermer sa gueule.

Par Vieux Félin - Publié dans : La meilleure facon de marcher - Recommander
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Vendredi 16 février 2007 5 16 /02 /2007 22:36

Couverts: pfiou... 1000...

Pourboires: 7.00€, gni...

Nbre d'altercations avec Eddy: 0, c'est très très louche

Nbres d'insultes: pfiou, trop douloureux

Je me souviens d'une amie avec qui je vivais il y a trois ans. Au début c'était sympa, on faisait nos courses ensemble, on était contente de se retrouver en rentrant le soir et on aimait à voir les affaires de l'autre comme autant de preuves du fait que NON, nous ne vivions pas seules. Bon... après quelques mois ça a commencé à se corser. Finalement, un soir, l'une (elle) reproche trop de trucs débiles à la fois à l'autre (moi) qui finit par casser une bouteille de Tropicana pour lui fourrer un tesson dans le ventre, je veux dire "dans l'intention" de lui faire peur, parce que hein... je l'ai pas plantée... enfin j'ai pas pu... elle s'était enfermée dans les toilettes. Fin de la cohabitation. Pourquoi je vous raconte ça, et bien parce que ce que j'adorais... à l'époque... c'était de lui mettre dans la tête Tata Yoyo juste avant qu'elle ne parte bosser. je sais que c'est cruel. Mais la seule perpespective de l'imaginer chanter qu'est-ce que t'as sous ton grand chapeau toute la journée m'emplissait d'une jubilation sans nom. Ces mois passés, me voilà punie. Explications: Vous ai-je parlé du nouveau Chef? Non, question rhétorique je sais très bien que je ne vous en ai pas parlé. Il s'appelle Silly, sans déc', il est "friendly" et il bosse bien. Depuis qu'il est là, les pourboires sont revenus, avec un goût de trop peu mais bon quand même... Le seul truc, c'est que comme moi, son passe-temps favori est de mettre dans la tête des autres les chansons les plus ringardes qui soient. Je dois dire que Didier est particulièrement réceptif à cette toute cruelle manoeuvre. Quand je suis arrivée ce matin, Silly n'en était qu'aux échauffements, Didier chantait avec force conviction: "Aimeeer d'amoour, c'est t'aimer comme moi je t'aiiiiime!" Charlotte dit alors: "C'est Grace Jones qui chante ça, non???" Dans mon esprit embrumé je me dis "Non, non n'écoute pas tu n'entends rien". Silly se marre en cuisine et commence doucement, d'une voix presque inaudible "Parolé parolé paroléééé, mon amour..., paroléparoléparolé et encore des paroles... que tu sèmes au vent". Cinq minutes et une fuite d'eau plus tard, Didier est allongé devant la machine à glaçons, ses outils et une lampe torche en main à scander "Parolé parolé parolé!", quant à moi, je chante déjà "Ce n'est pas mon saaaang, qui couuule dans vos veeeeines". Alors que je rame avec l'horrible diarrhée verbale dont je suis frappée, ma nouvelle façon Gilles de la Tourettisante de parler, les choses s'enveniment sérieusement. Exemple: je veux dire "Pourriez-vous me remplir une carafe d'eau pour la table une s'il-vous-plait Charlotte", je dis "Marie-Jeanne qui disait toujours je m'en fous paies ta carafe salope et plus vite que ça". Pour vous dire que c'est troublant... Eddy tente encore et toujours de me vendre des trucs, "Dis tu voudrais pas acheter un vélo?" et même si je répond "Mon pauvre, s'il y avait une justice, j'aurais même pas le droit de marcher" ce bougre continue à jouer les véhairpés en fin de carrière. Enfin je dis " Ta gueule ou j'te broie bâtard" et bizarrement Eddy ne répond rien, aucune insulte, aucun reproche, il baisse la tête et va préparer les tartes fines. Arrive la représentante du café Illy que Didier et moi appellons Bratz, compte tenu de sa fâcheuse tendance à chercher plus ou moins consciement à ressembler à une poupée. Blonde, cheveux qui tombent comme un rideau de dentelle raide, tailleur serré sur string paillette (elle se penche beaucoup plus souvent que nécessaire), Bratz demande une table. Alors que je lui annonce les plats que nous pouvons lui servir, à 15h00 malheureusement on ne sert que la carte et les plats de la veille, elle opine du chef pour le jambon sauce madère. Quand je lui propose du vin, elle opine (à croire jusque là qu'elle ne sait pas parler) pour le Côtes de Blaye. De loin, je dois avoir l'air de réprimer un haut-le-coeur particulièrement tenace, pauvre de moi, j'essaie seulement de ne pas violenter verbalement la malheureuse Bratz. En cuisine, Silly chante "Le dimanche à Bamako, c'est le jour des mariages" et je me dis que si je lutte plus... je meurs. Rapidement, comme un bon Chef qui fait très bien son boulot, le jambon pour Bratz est prêt. Je manque de me brûler tant l'assiette est chaude et ai à peine le temps d'annoncer son plat en lui posant sous le nez que cette dernière meugle " C'était pas du poulet??? J'ai demandé du poulet! Vous m'avez dit du poulet!!!"- je comprend qu'à cause du brouhaha de la salle, Bratz à comprit poulet au lieu du purée, l'accompagnement du plat, outrée elle m'assène- "déjà que vous m'avez servi le vin le plus cher, faudrait voir à pas me prendre pour une poule". La bête que je porte en moi ne veux plus se taire, un mot, un seul, sort contre ma volonté, si clair que tout le monde l'entend: "Connasse". Charlotte me regarde exactement comme l'aurait fait Don Corleone devant un ptit con qui aurait voulu gouverner Little Italy. Elle dit seulement; "Rentrez chez vous, on verra ça demain"

Oh fucking shit!

Par Vieux Félin - Publié dans : La meilleure facon de marcher - Recommander
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Jeudi 15 février 2007 4 15 /02 /2007 17:49

15/02/2007

Couverts: j'ai arrêté de compter vers 14h30

Pourboires: 8€ bande de rapias...

Nombre de fois où j'ai du dire à Eddy que non, je ne voulais pas lui acheter de D900, ni de vélo, ni de sweat rouge Kappa en taille XXL, même si ça ne me coûte que 19.50€: 122

TCR ( Terrible client(e) récalcitrant(e) ): 1, mais la pire de toute

 

Mes jeudi sont pires que les vôtres. Mes jeudi sont; si tant est qu'il puisse exister une échelle de Richter des journées foireuses; niveau 9. Foireux n'est d'ailleurs plus le terme adéquat, horrible ou abominable saurait plus rendre justice à ce que je me vois au regret de supporter cinq jours par semaine si d'aventure la folie me prenait de vouloir continuer à payer mon horrible et abominable loyer rubis sur l'ongle. J'arrive une demie heure plus tôt, vu qu'hier je suis partie à 14h30, ravalant avec peine l'espèce de syndrôme Gilles de la Tourette qui s'abat sur moi fissa dès lors qu'un quidam commence à trop me chier dans les Doc'. Le syndrôme est apparut il y a quelques jours et n'est pas sans m'inquiéter. C'est pour être honnête, très gênant, si je suis trop stressée ou énervée, ma bouche n'est plus capable de contenir la bordée d'injures que mon cerveau déverse, et j'ai alors juste le temps de me réfugier en cuisine avant de hurler:"Putain-de-ta-race-de-ta-mère-la-pute-faites-chier-bande-d'enculés!!!!!!!" devant un Eddy, un chef et un plongeur aux mines perplexes. J'arrive donc une demie heure plus tôt, je trouve Didier les fesses en l'air devant les réfrigérateurs du bar. En guise de bonjour il me lance un: "Mais qu'est-ce que vous foutez là... il n'est pas midi moins le quart???" et achevant son trait d'esprit d'un rire guttural. Je dis "Ha ha" et puis je dis "Bonjour". Il reprend avec un : "Sérieux, ça tombe foutrement bien que vous veniez plus tôt, vous allez enfin avoir le temps de plier les essuie-main en forme de passoire". Je fais mine de n'être goutte touchée et commence la mise en place.

Vient l'heure du "tableau" et je ne vous ai encore jamais parlé du "tableau"... On y (comprendre: je) écrit le menu de chaque jour avec s'il vous plait écriture calligraphique obligatoire. On dit que chaque jour suffit sa peine, ce à quoi je répond merde. Toute la difficulté réside dans le choix de l'annonce des plats. Et oui, si vous croyez que "Duo de mignon de porc et St-jacques parfumés au sirop d'érable, sur lit de fondue de poireaux aux baies roses" vient tout seul c'est dans l'oeil que vous irez chercher votre coude. Aujourd'hui, il s'agit de savoir comment annoncer une espèce de terrine de lapin (la maison décline toute responsabilités quant à la possibilité d'y trouver un bec ou une griffe, voire une plume) dans de la pâte feuilletée et sur une salade verte. Le chef (hmmm il est mignon celui-là) propose vol au vent de lapin aux morilles et Didier dit non, un vol au vent c'est de la volaille. Je dis que peu importe tout est bon dans le jambon mais il dit que nenni. On opte finalement pour "Friand de lapin et cassée de morilles", dubitative ma mine est...

Tout se corse pour l'un des plats, nous ne tergiversons pas pour le jambon à l'os sauce madère et purée maison mixte de pommes de terre et patates douces mais quant au filet de merlan... c'est une autre histoire.

Proposition 1: Filet de merlan sauce meunière

Proposition 2: Filet de merlan meunier (bah oui, on dit sole meunière, alors merlan meunier...)

Porpositon 3 : Filet de merlan au beurre blanc citronné

Quand Didier propose de les paner aux graines de sésame et pavot... tout se chamboule. Doit-on annoncer : "Filet de merlan pané au sésame et au pavot, accompagné de gratin de choux fleur" ou "Filet de merlan pané aux deux graines sur lit de gratin de choux-fleur au reblochon"? TO BE OR NOR NOT TO BE ???

Va pour "Filet de merlan pané au deux graines et choux-fleur du fromager"

A midi, la salle est pleine et je jongle péniblement entre pain, plat, vin et carafe d'eau, quand arrive la pire de tous. LA CLIENTE HORRIBLE. Trente ans à tout casser, la mine aussi rigide qu'un masque play doh en fin de cuisson. Pour vous chers lecteurs et en avant première, sa stratégie: elle arrive avec une collègue et même si la salle est pleine à craquer, me hèle toutes les dix secondes pour que je vienne prendre commande du plat qu'elle n'a pas encore choisi. Je vous le fait:

- Je veux le merlan mais je ne veux pas de purée.

- Voulez-vous le gratin de choux-fleur?

- Non, ça me donne des gaz je déteste le choux-fleur, vous pouvez me faire des pâtes?

(Mes commentaires personnels seront en italique) Et ça commence, la bête se réveille: "Ecoute salope, le chef croule sous les commande et il est seul, pourquoi t'irait pas te faire enculer?"

-Je suis navrée nous n'avons pas de pâtes.

- Je voudrais pourtant du poisson, qu'est-ce que vous me proposez?

- Eh bien nous avons à la carte un trio de poisson du marché et sa crème d'ail accompagné d'une julienne de légumes...

- Nan... J'veux des frites...

La force intérieure qui m'empêche de la sortir du restau par les cheveux commence à faiblir.

"Tu viens presque chaque jour pauvre pute, tu sais très bien qu'on fait des frites chaque fois qu'il pleut de la merde!!!!!"

-Je suis navrée, nous ne faisons pas frites.

-Qu'est-ce que vous me proposez? Dit-elle l'oeil mauvais et impatient.

"Ce que je te propose, la putain de ta race de bouffe-poubelle, c'est de te faire chouiner ta gueule de bique par un gros rondin et après, reviens encore me demander des frites que je te tatane ta race!!!"

A bout de force je propose, "Prenez comme la dernière fois, une pièce de boeuf sauce aux morilles, à point et les pommes sarladaises... comme la dernière fois" Je répète pour qu'elle se souvienne.

Elle dit : "Oh, quelle bonne idée!!"

Et quand je m'éloigne... de dire à sa colllègue ébahie: "Ecoute reconnais-le, le service laisse vraiment à désirer..."

Par Vieux Félin - Publié dans : La meilleure facon de marcher - Recommander
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